Danse
Savion Glover, trop fort pour lui

Savion Glover, trop fort pour lui

27 juin 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Première en Europe », « Le meilleur danseur au monde ». C’est dire si la venue cette année au Théâtre de la Ville de la star du Tap-Dance  Savion Glover est un événement. Pour Solo In Time, il s’accompagne de deux guitaristes de flamenco et invite en guest Marshall Davis. C’est époustouflant et prodigieux, mais l’ensemble est insipide.

Le rideau est fermé, on avait oublié que le Théâtre de la Ville en possédait un tellement son utilisation est bannie dans le spectacle vivant contemporain, pour pouvoir donner accès à la mise en place des comédiens. Ici, ce lever de rideau prend son sens, on accède d’abord au claquement des pas avant de découvrir cet enfant prodige des claquettes, qui dès l’âge de quatre ans jouait de la batterie. Il a aujourd’hui 39 ans et sait faire de son corps un instrument de musique. C’est incroyable. Les gestes s’enchaînent dans un rythme fou, les pieds valsent de l’arrête aux pointes pour offrir un bruit digne de tambours. Arrivent les guitares de Gabriel Hermida et Christopher Cintron. Là encore, best of, le meilleur du Flamenco. Ils jouent, il danse et invite bientôt, au moins aussi fort que lui, un autre danseur de claquettes, Marshall Davis. Les guitares s’absentent, duo pour revenir, quartet. C’est à un concert que nous assistons, le corps devenant boite à rythme où interviennent quatre pieds et quatre mains. La salle est en transe, on applaudit à chaque tour de force avant de se laisser prendre par l’inquiétude d’une absence.

Qu’est-ce que ce performer veut nous raconter ? Veut-il allier l’âme du flamenco avec la force terrestre des pas ? Le spectacle se déroule sans que jamais l’esprit et le corps ne se rencontrent. D’un côté la musique, de l’autre les pas, les deux dans une virtuosité jamais vue.

L’énergie déployée est colossale, Savion Glover descend parfois de son plateau comme un boxeur quitte le ring, et dans un geste équivalent, s’essuie le visage, trempé. La technique laisse bouche-bée.

Mais.

Mais, cela ne suffit pas. L’absence de scénographie et de direction artistique, sans vrai travail ni de lumière, ni de son, les baffles sont posées sur la scène sans effet artistique, donne un aspect brut au résultat, on pourrait même oser dire violent. Il est face à nous, les musiciens sont eux de profil. L’ennui surgit.

Ce spectacle mérite de sortir de l’aspect show. Les rares moments de beauté pure sont ceux où les guitares et le chant se font doux et tendres. La, l’émotion peut venir et on peut se laisser prendre à associer les deux arts ici présentés pour les unir dans un éloge du rythme. Mais cela est trop épisodique. L’enfant surdoué n’a plus rien à prouver, il gagnerait à nous livrer un peu plus de ses tripes et un peu moins de technicité pour nous autoriser à rêver.

 

Visuel : autorisation Théâtre de la Ville

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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