Danse

Sasha Waltz en continu

Sasha Waltz en continu

19 mai 2011 | PAR Alienor de Foucaud

La nouvelle création de la chorégraphe allemande se situe dans une continuité. Celle qui relie le musée à la scène, l’espace à la lumière ou encore le corps à la musique. Reprenant des matériaux créés in situ dans des musées de Berlin et de Rome, elle traduit sur scène l’émotion d’un spectateur saisi par une œuvre d’art mais aussi la souffrance de corps qui se disloquent.

Depuis sa célèbre trilogie regroupant les pièces Körper, S et NoBody qui lui valut une reconnaissance internationale, le corps est devenu l’un des thèmes de prédilection de Sasha Waltz. Attachée à différents blocs thématiques, Continu renforce l’image de la femme sauvage chère à la chorégraphe avec la puissance d’un groupe. Les danseurs se lancent dans des courses endiablées dans un mouvement circulaire rappelant le cours ininterrompu de la vie ou le retour immuable du souffle.

La pièce traite le thème de l’agitation, du vouloir, de l’émotion brute et impulsive, contrastant avec la distance spirituelle ou le contrôle. Deux entités se font face tout au long du ballet. La force du groupe d’une part, pris dans un rythme effréné ; la légèreté des duos d’autre part, en totale communion. La pièce elle-même est divisée en deux parties, la première est sombre et grave, il s’agit de l’encrage à la terre, des pulsions et du désir. La seconde, blanche, est plus pure et spirituelle. La force du groupe est partout poussée à l’extrême, le rapport de l’individu face au groupe est interrogé, remis en question : comment le groupe intègre et rejette t-il l’individu ? Les percussions de la partition d’Edgar Varèse exigent cette puissance du nombre.

Le danseur conquiert l’espace qui lui est proposé, qui devient matériau à part entière de la création. Chacun transmet à l’autre une énergie et une dynamique comme si leurs corps se répondaient dans des échos de mouvements et de rythmes. Les solos masculins révèlent une part animale voire bestiale de ces danseurs, totalement livrés à une torpeur sans précédent. L’expression corporelle est poussée à son comble. Certaines formes sont arrêtées, placées dans le silence le plus total. Les corps de ces danseurs deviennent des sculptures un instant puis se lancent à nouveau dans des déchainements quasi incontrôlés.

Très expérimentale, la nouvelle pièce de Sasha Waltz doit être apprivoisée comme un animal étrange et hors normes. Le spectateur est invité à entrer littéralement dans un espace scénique, à faire corps avec le groupe et à se laisser emporter par sa dynamique. Un élan d’une grande qualité esthétique.

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Alienor de Foucaud

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