Danse
Saburo Teshigawara/Trisha Brown/Jiri Kylian au palais Garnier

Saburo Teshigawara/Trisha Brown/Jiri Kylian au palais Garnier

08 novembre 2013 | PAR Géraldine Bretault

Pour une de ces soirées multipartites qui font le sel de sa programmation, l’opéra Garnier accueillait hier soir trois pièces contemporaines, autour de la thématique du hors champ, du revers du décor.

Darkness is Hiding Black Horses, Sabuto Teshigawara

Créée par le chorégraphe Saburo Teshigawara pour l’occasion, cette pièce réunit trois danseurs évoluant sur un plateau sans décor, cube noir vide rempli de la seule bande sonore concoctée par le chorégraphe et de jets de fumée éruptant du sol. Artiste total, Teshigawara signe en effet chorégraphie, musique, scénographie, costumes et lumières. Non sans rapport avec l’art du butô, il a élaboré au fil des ans un langage singulier, marqué notamment par les spiritualités asiatiques. Ainsi, la soirée corollaire Convergences a-t-elle montré les liens qui se tissent entre les danseurs et le chorégraphe à l’occasion des répétitions, et qui reposent non pas sur l’improvisation à proprement parler, mais sur une sorte de « fraîcheur » du mouvement. Car cette couleur noire qui hante nombre de ses pièces comme pour mieux révéler la lumière, est aussi une matière à travailler dans la masse pour tenter d’oublier tous les gestes inscrits dans la mémoire des danseurs, comme s’y efforçaient ce soir Aurélie Dupont, Nicolas Le Riche et Jérémie Bélingard. Bien que la présence sur scène de ces trois étoiles ne soit plus à démontrer, ils semblaient pourtant égarés dans un monde étranger à leur univers, desservis par des costumes peu seyants.

Glacial Decoy, Trisha Brown

Retour dans le temps avec cette pièce de 1979, qui marque un tournant dans la carrière de la chorégraphe américaine : après avoir épuisé tous les terrains de jeux offerts par les nombreux rooftops et autres murs de Manhattan, elle regagne la scène, non sans y inviter des artistes de l’époque, comme ici Robert Rauschenberg, qui a signé les costumes comme les photographies du décor. Selon un dispositif emblématique de l’époque, ses mystérieuses photographies en noir et blanc défilent de gauche à droite assez lentement, au seul bruit du projecteur. Les cinq danseuses (parmi lesquelles Juliette Hilaire, fille de l’Etoile Laurent Hilaire), vêtues de tuniques antiques, ne cesseront d’apparaître et de disparaître entre cour et jardin. Peu à peu, absorbés par l’écriture chorégraphique si inventive de Brown, entre release, changements d’appui et extensions souples, nous adaptons notre regard à une lecture horizontale de la pièce, où tout semble se jouer entre les deux coulisses, en se passant presque de notre présence.

Doux Mensonges, Jiri Kylian

Le titre de cette pièce  créée pour le ballet de l’opéra de Paris en 1999 renvoie au texte des madrigaux chantés pendant la pièce. Ces pièces vocales polyphoniques, interprétées par les Arts Florissants sur scène et dans la fosse sous la direction (saluée) de Paul Agnew, comptent les trahisons et les tourments du cœur galant sous les auspices de l’amour courtois. Tranchant avec ce contexte, le dispositif scénique use des trappes permettant de faire surgir les danseurs sur scène depuis les limbes du palais, ou au contraire de les y faire replonger, sans toutefois respecter le hors champ des coulisses, puisqu’une captation en temps réel nous montre en fond de scène ce qui se passe en dessous.

Deux hommes et deux femmes se toisent et s’affrontent : Alice Renavand et Eleonora Abbagnato, emmenées par des cavaliers en grande forme, Vincent Chaillet et Stéphane Bullion. Nommée Etoile en mars dernier, Eleonora Abbagnato régale une nouvelle fois son public de la précision et de la grâce infinie de sa danse. En verve, le chorégraphe signait là une pièce dévolue à l’art du pas de deux, magnifiquement revisité et traité avec générosité et créativité. En revanche, que penser des scènes filmées sous le plancher, en si gros plan que ceux qui restent sur scène en semblent désincarnés ? Un tel artifice est-il nécessaire pour transmettre au plus près le drame d’un viol ? Fort heureusement, les envolées lyriques des chanteurs permettent de conjurer le charme un temps rompu.

 

 

Crédit : Agathe Poupeney / Opéra national de Paris

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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