Danse

Pourpre électrise La Loge

Pourpre électrise La Loge

26 avril 2013 | PAR Smaranda Olcese

3L’atmosphère est électrique sur le plateau de La Loge. Les boucles lancinantes de la guitare électrique de Cédric Michon construisent, pour l’installer durablement, la densité de Pourpre. Des décharges fulgurantes laissent apercevoir une silhouette hallucinée qui semble hanter l’espace. Christine Armanger signe une pièce radicale qui embrasse dans un double mouvement les territoires troubles du désir.

Pulpeuse, sensuelle, venimeuse, Olivia Renart incarne à elle seule les figures iconiques des cabarets berlinois de la folle période de l’entre deux guerres et des films de l’age d’or de Hollywood. Sa facilité à glisser d’une expression à son parfait contraire, dans des mimiques dignes d’une grande tragédienne, sa maitrise certaine de l’arsenal et des mécanismes de la séduction, enveloppent chacune de ses apparitions d’une aura à la fois glacée et aguicheuse. Parfaitement sculpturale, surface de projection des fantasmes les plus délirants, elle fait planer sur le plateau l’ombre voilée des somptueux personnages du cinéma de David Lynch.

L’enclenchement de l’étonnante machine célibataire qu’accueille Pourpre dans son obscurité feutrée achoppe systématiquement sur la présence silencieuse, bouillonnante, d’une autre figure du désir. Le trouble rode dans les gradins, lors d’une déambulation quasi transparente, somnambulique. Cette puissance du désordre prend corps dans une respiration profonde qui remue les entrailles. Christine Armanger saisit, dans une véritable performance physique, des nuances terribles d’un désir brulant qui crie son nom furieusement dans la convulsion de membres dénudés. Elle convoque l’imagerie orchestrée par le professeur Charcot, dont Georges Didi-Huberman a finement exposé les ressorts dans son ouvrage L’invention de l’hystérie. Porté par les riffs de guitare acharnés, dont la tessiture semble se déliter, son délire retrouve les pulsions brutales, les rythmes archaïques qu’approchent les corps hybrides des danseurs de buto.

La dynamique des rêves travaille en profondeur Pourpre à coup d’images obsessionnelles. Leur force se démultiplie à chaque fois que la logique un peu trop binaire des apparitions contrastées se retrouve brouillée.

visuels © cie Louve

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Smaranda Olcese

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