Danse
Pleins phares sur Mickaël Phelippeau au Festival Pharenheit

Pleins phares sur Mickaël Phelippeau au Festival Pharenheit

09 février 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival Pharenheit a fermé les portes de sa troisième édition le 7 février sur un « Cosmo-Bal », la veille il avait commencé à s’éteindre en toute beauté, dans une proposition rock tout en progression. Retour sur un combo réussi.

19h-Emmanuelle Vo-Dinh et David Monceau, En-Joy

[rating=2]

La co-directrice du Phare, Centre Chorégraphique National, et également présidente du regroupement des CCN qui fêtent cette année leurs trente ans, redevient ici chorégraphe et danseuse en compagnie de son ami, danseur et musicien David Monceau.

Ils signent ici un spectacle très fragile, peu abouti mais à l’idée géniale. Il s’agit de créer la musique en direct à l’aide d’objets devenant des supports électroacoustiques comme une bouteille d’eau, une balle métallique ou un manège de câbles.

Il s’agit ici de faire danser le souffle. Lui devient la force qui chorégraphie la musique. Le geste des corps est minimal, juste mobilisé par des rebonds et des tremblements pas assez affirmés.

Le spectacle est à son commencement une expérience esthétique formidable mais qui s’épuise très rapidement. L’idée est belle mais sa traduction scénique manque vigoureusement de puissance.

21h-Mickaël Phelippeau- Set-Up

[rating=5]

A quoi reconnait-on un spectacle génial ? Peut-être au fait que deux jours après on continue à chanter à tue-tête et n’importe où le refrain du tube de Black « Wonderful Life » (1987) qui est le fil conducteur de ce Set-Up.

Comme dans la pièce précédente, la musique est au cœur. Ici, le très talentueux Mickaël Phelippeau qui avait créé l’événement dans un Festival d’Avignon moribond en mettant au plateau un môme hallucinant de 15 ans, Ethan, s’attaque à un rock-band, nommé Mélody for Aliens.

Tous seront acteur/chanteur/danseur ici dans un mouvement qui commencera dans le noir total, juste accompagné de lampes torches dont les seules lueurs dodelinent de haut en bas. On commence à se marrer. Et puis dans une progression que l’on ne voit pas arriver, vient la danse dans un passage de relais incarné non pas par un pas mais par les mots de la chanson :

No need to run and hide
It’s a wonderful wonderful life
No need to laugh and cry
It’s a wonderful wonderful life »


Black – Wonderful Life par cladstrife

Qui est qui et qui fait quoi ? La danse de Phelippeau est faite de courses jamais déployées où les corps semblent être contraints au repli, coincés dans un espace scénique exigu. Il y a des pétages de plombs là-dedans, quand Chiara Gallerani offre un solo aux mille lumières complètement haché. On est dans de la parodie de concert, où les fans se jettent au premier rang. Le chorégraphe présentera Chorus au Festival Esprit de Groupe de la Villette en mars et ici, même s’ ils ne sont « que » neuf sur le plateau, on est plongé dans cette sensation volontaire de mise à égalité de tous dans une bienveillance salutaire.

La danse de Phelippeau ne cherche jamais le beau, elle n’est jamais facile, peut-être même difficile à appréhender. Elle est un thermomètre de l’actualité des rapports humains très précise. Ici, il s’agit d’une boucle où on ira du vide au vide, du montage au démontage. Construire tout en sachant que cela laissera place au rien, le tout dans un refrain. L’idée allie l’humour et le cynisme dans une tristesse contemporaine des plus accrues.

22h-Hélène RocheteauBlast

[rating=5]

C’est ce qui s’appelle un coup de poing.

Un jour la danseuse Hélène Rocheteau rencontre le batteur Jean-Baptiste Geoffroy. Elle est séduite par la puissance de son jeu. L’envie de créer Blast est née. En résulte un choc où le corps anguleux d’Hélène Rocheteau est happé par la batterie dans un mouvement d’une rapidité extrême où tout le corps est relâché dans une possession. Le résultat est très sexuel dans cette sorte de pas de deux où il domine visuellement. Il l’avalera réellement. Blast est une expérience hallucinatoire très forte et très percutante. Ici, et peut-être que c’est là qu’il faut trouver la clé de lecture de En-Joy, le son provoque le corps, le tyrannise et le tord. Époustouflant.

Visuels :

En-Joy ©Benjamin Cofin

Blast ©Loran Chourreau

Set-Up ©Alain Monot

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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