Danse

« Pixel », Mourad Merzouki tombe dans le piège du joli

« Pixel », Mourad Merzouki tombe dans le piège du joli

20 novembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le fondateur du Festival Kalyspo et directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil joue en ce moment à domicile pour Pixel, une fable sur le rapport au numérique qui lasse plus qu’elle ne séduit.

[rating=2]

Mourad Merzouki – Pixel from Le Studio MAC Créteil on Vimeo.

Mais où est parti l’humour si présent dans Käfig Brasil ? Le grand Merzouki, qui a derrière lui quasiment 20 créations tombe les pieds joints dans un show de divertissement dont le fil conducteur ne se détache pas. Il s’agit d’une pièce de groupe essentiellement masculine. Onze danseurs aux qualités techniques irréprochables jouent d’enchantements de popping puissants, de Swipes qui décollent et de Head Spin qui retourne le cerveau. Certes, ils sont bons, très bons. Mais cela ne suffit pas.
A vouloir jouer de l’interaction avec la vidéo Mourad Merzouki se trompe. ici, les « Pixels » deviennent neige ou sol inquiétant qu’il faut repousser d’une oscillation de corps. A ce jeu-là d’autres ont servi de modèle, notamment Dance de Lucinda Childs qui fait figure de precursseur en la matière. Les danseurs devaient faire avec la présence d’un double figé pour l’éternité. On peut aussi citer le travail de Matthieu Roy, cette fois-ci en théâtre qui mettait sur scène des comédiens virtuels et réels.

Ici, on est dans le règne de la recherche du sensationnel sans qu’aucune quête ne puisse se déceler. Ici, nous sommes face au symbole d’une rupture qui oppose deux mondes dans la danse contemporaine. D’un côté, ceux qui ont ingéré la performance pour faire du corps un objet de recherche, on y trouve Bel ou Charmatz et ceux qui cherchent l’émotionnel, dans ce groupe, il y a du trés bon, Akram Kahn ou Preljocaj, mais ce sont deux démarches qui s’opposent.

Malheureusement, ici, la question lourde qui sous-tend, celle du nouveau rapport à l’image dans nos société se situe dans un récit qui nous laisse froid. Les tableaux s’enchaînent, invitent parfois le cirque pour des postures spectaculaires

. Le chorégraphe se met alors à illustrer de façon poussive, dans une union de l’image, de la musique et des pas venant chercher le beau de façon forcée

On gardera de ce spectacle l’incroyable qualité des danseurs. on aurait aimé un geste pur débarrassé d’une bande son qui invite à tort et notamment les violons de Sarah Nemtanu qui viennent chercher une émotion forcée. Merzouki s’illustre dans un spectacle choral qui séduira large. Un peu de radicalité et d’épure n’aurait pas fait de mal à Pixel.

Dommage.

Visuel : Gilles Aguilar

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