Danse
Ordres et « Désordres » au Théâtre André Malraux

Ordres et « Désordres » au Théâtre André Malraux

12 juin 2013 | PAR Marie Boëda

Le troupe « 3ème étage », composée de plusieurs danseurs de l’Opéra est dirigée par Samuel Murez, également membre du corps de ballet. Ses spectacles prenaient au départ le format du gala. Aujourd’hui, Samuel Murez propose avec « Désordres« , un spectacle qui s’appréhende comme un tout, qui raconte une histoire du 8 au 12 juin au Théâtre André Malraux de Rueil. Un questionnement chorégraphique dans lequel la mise en scène théâtrale pleine d’humour et la rigueur de la technique classique et contemporaine priment.

 

 

 

Un beau désordre nous est proposé dans cette pièce où recherche chorégraphique et technique vont de pair. Un début de spectacle plus classique qui laisse ensuite place à un capharnaüm où humour et théâtralité se rejoignent. Des séries de tableaux sobres et délurés disparaissent puis réapparaissent, ponctués par des allées et venues de danseurs aux yeux hagards, des enchainements de grands sauts et de pirouettes à la rapidité et la maîtrise époustouflantes tonifient  la mise en scène de la pièce.

Tout en transgressant les codes classiques, la technique qui fonde la formation des danseurs est évidente. Leurs attitudes clownesques contrastent avec les performances assurément difficiles, ce qui donne encore plus d’envergure au spectacle. Ce désordre accueille musique classique, bruitages, paroles complètement loufoques résumant la pagaille et l’agitation de la pièce. On entend même la technique donner ses ordres pour la lumière juste après l’entracte, laissant penser un instant que le micro n’a pas été coupé. Des rires étouffés remplissent la salle et puis comme il n’y a pas de musique pour ce pas de deux propre et élancé, la voix du régisseur donne un rythme. La salle peut alors apprécier le travail des différents acteurs du spectacle toujours dans l’ombre des artistes.

Les danseurs trouvent dans Désordres un nouveau moyen de s’exprimer, des rôles qui leur conviennent et qui diffèrent de ceux de l’Opéra. Leur personnalité se dévoile au fur et à mesure du spectacle. Les capacités théâtrales de certains sortent au grand jour, souvent avec auto dérision. En caricaturant des scènes de la vie quotidienne, le message passe et réussit à faire grandir en nous des images connues. Un personnage qui semble débouler tout droit d’un film de Tim Burton tandis qu’un maquillage affublant certains d’un masque blanc rappelle des personnages de la comedia dell’arte. Grimaces et exagérations des sentiments servent un spectacle où mise en scène théâtrale, danse classique et contemporaine tendent à se lier. Lorsqu’une sorte de compétition s’installe dans une des scènes, chaque danseur veut impressionner de son talent, il en découle une caricature du narcissisme qu’on impute aisément à la pratique de la danse classique. Autre caricature à la fin du spectacle, le monde du travail, les hommes et femmes s’en vont travailler avec leur mallette, se bousculent, s’ignorent, se brutalisent. Au milieu le gai luron de la pièce, le plus décoiffé et le plus petit en pyjama, perdu dans ses bousculades inopinées. Il se réveille soudain dans un lit, ouf, c’était un rêve. On n’en saura pas beaucoup plus mais ce n’est que le début d’une histoire peut-être prochainement racontée sur scène.

C’est avec émotion que ce désordre maîtrisé nous absorbe pendant les 2h de spectacle. La troupe semble s’être amusée, une ambiance sérieuse et amicale submerge le plateau. Respect à ces artistes qui dansent pour l’Opéra national de Paris et qui prennent le temps et le risque de créer en donnant un nouveau souffle à la danse mêlant justesse technique et création contemporaine.

Danseurs de la troupe de Samuel Murez : Ludmila Pagliero (étoile), Josua Hoffalt (étoile), François Alu, Léonore Baulac, Takeru Coste, Laura Hecquet, Jérémy-Loup QUer, Fabien Révillion, Lydie Vareilhes et Hugo Vigliotti.

Visuels (c) : Trois premières Julien Benhamou, Steve Murez.

Infos pratiques

La Vénus Noire
Parc des expositions Paris Nord Villepinte
Marie Boëda

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