Danse
« Onéguine » à l’opéra Garnier, dans une chorégraphie de John Cranko

« Onéguine » à l’opéra Garnier, dans une chorégraphie de John Cranko

05 février 2014 | PAR Géraldine Bretault

Entré récemment (2009) au répertoire de l’Opéra de Paris, Onéguine de John Cranko nous emporte dans les affres de la passion tout en nous faisant découvrir un chorégraphe qui a joué un rôle non négligeable dans le renouveau de la danse en Allemagne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

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Pas un grand écrivain russe, de Dostoïevski à Tchékov en passant par Tolstoï qui n’ait fait acte d’alléageance envers Pouchkine, pour avoir redonné ses lettres de noblesses à langue russe. Roman en vers, Eugène Onéguine fit sensation lors de sa publication. Son aura grandit encore quand apparut son caractère prémonitoire : Pouchkine devait en effet périr lors d’un duel, à l’instar du personnage principal.

Lorsqu’il décide en 1965 de s’atteler à la chorégraphie de ce ballet, John Cranko est à la tête du Ballet de Stuttgart, qu’il souhaite conduire à un niveau international. Cet anglo-saxon sait qu’à partir de ce livret, il aura tout loisir de sonder en profondeur la sentimentalité slave tout en développant des tableaux aux styles variés.

Lors de la première, les étoiles Karl Paquette, Ludmila Pagliero, Mathias Heymann et le sujet Charline Giedenzanner se partageaient les rôles principaux. Sans surprise, Ludmila Pagliero a brillé tant par sa maîtrise technique que par l’étendue de son jeu d’interprète. Sa prestation était aussi convaincante au premier acte, jeune fille déjà empreinte d’une gravité étrangère à sa soeur Olga, que lors du long pas de deux du dernier Acte, quand elle résiste à Onéguine qui l’avait autrefois éconduite. Karl Paquette, bien que parfois imprécis dans ses appuis et ses réceptions, s’est malgré tout montré un partenaire solide, notamment lors d’éblouissants portés cambrés.

Le couple Heymann / Giezendanner s’est illustré en contrepoint par sa fraîcheur. Mathias Heymann était en pleine maîtrise de ses moyens dans son solo de l’Acte II, juste avant la scène du duel, aussi à l’aise dans sa technique que dans son interprétation. La Jeune Charline Giezendanner s’est montrée à la hauteur de son rôle, piquante et mutine.

Les décors et costumes de Jürgen Rose, les extraits de Tchaikovski achevaient ce soir d’éplorer nos âmes face aux tourments de l’amour non partagé, des passions d’une vie et des crimes d’honneur. Cependant, si la chorégraphie extrêmement structurée de Cranko assure une grande lisibilité de la narration, on peut regretter que le corps de ballet n’existe guère en dehors des scènes où les étoiles sont absentes. Pourtant, au premier acte, l’enthousiasme des jeunes danseurs  était absolument palpable lors d’une danse folklorique que n’aurait pas reniée Noureev.

« Quand je n’ai pas d’honneur, il n’y a plus d’honneur », Eugène Onéguine, Pouchkine.

Crédit visuel : Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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