Danse
Olivier Dubois clôt le Festival d’Avignon sur une Tragédie hypnotique

Olivier Dubois clôt le Festival d’Avignon sur une Tragédie hypnotique

29 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe Olivier Dubois crée la surprise en réveillant le Festival d’Avignon qui commençait à fatiguer. C’est en ultra fin de programmation qu’il a été possible d’entrer dans sa « Tragédie » au Cloître des Carmes. Sous le regard du bestiaire, les dix-huit danseurs nus ont incarné l’humanité. Le meilleur spectacle du festival.

Tout commence dans le son, dans le noir. Inspiration Castellucci. Un beat tape et retape, sombre. Un danseur surgit en écartant l’un des trois rideaux de fils qui couvrent les espaces entre les arcades, un autre, deux autres, des trios, des duos, des lignes. Le même mouvement se reproduit toujours sous la forme d’une marche agressive bras et jambes légèrement écartés. L’hypnose attaque. Les allers-retours des interprètes changent, certains quittent le plateau, d’autres font demi-tour. Pourquoi ? Qu’est ce qui pousse l’homme à réattaquer le monde ?

En trois temps, une « parade », « des épisodes » et « une catharsis », Dubois impose le rythme et raconte son histoire. Comme dans Rouge, il aime travailler avec un plateau plein. En lignes, verticales ou horizontales, les 18 danseurs, 9 filles et 9 garçons, âgés de 22 à 51 ans, de couleurs et de corps différents, dans une nudité sublimée par une lumière plastique et variable, parfois agressive, ne se mélangent jamais tout en se croisant tout le temps. La maitrise des changements de direction est étouffante de précision. Les attitudes des visages ne bronchent pas, l’ignorance des uns et des autres est totale.

C’est de façon subtile que Dubois distille le changement dans une montée en puissance de la musique totalement techno de François Caffene. Le vivre ensemble est ici attaqué dans une affirmation : l’homme est toujours seul, qu’il soit dans une foule, dans une guerre, ou dans un lit en train de faire l’amour. La violence prend le pas, on verra un magma humain rouler en faisant un, on verra les uns écraser les autres dans des duos sous forme de duels où toujours un est à terre et où les relations amoureuses sont les plus ardues.

Le chorégraphe prouve que la nudité n’est pas une fin mais un moyen, ici, le nu ne choque pas, au contraire, il sublime. Les corps confrontés à la pierre du cloître donnent un aspect mystique au spectacle, en tout cas, totalement hypnotique. On verra d’ailleurs les danseurs se jeter littéralement sur les contreforts.

Dubois surprend de bout en bout, en passant de l’extrême lenteur à une transe dont on redoute la fin. De la douceur à la violence il impose sa grammaire qui puise dans Cunnigham, Charmatz ou La Ribot. Standing ovation méritée pour cette Tragédie qui fera date.

A découvrir au 104 les 2 et 3 février 2013.

 

Visuel (c) Christophe Raynaud de Lage

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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