Danse
Nach et Leïla Ka, deux tentatives de contemporanéité à la MPAA

Nach et Leïla Ka, deux tentatives de contemporanéité à la MPAA

22 janvier 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sonia Leplat nous en parlait la semaine dernière, la Maison des Pratiques Artistiques Amateurs ouvrait hier soir son cycle Sacré Krump avec un plateau partagé avec le Festival Faits d’Hiver. Une soirée en demi-teinte.

Le programme s’ouvre sur la dernière création de Nach. Celle qui apparaît pour tous les professionnels comme la danseuse la plus étonnante de sa génération vient de clore une résidence de six mois à la Villa Kujoyama. On la retrouve fidèle à elle-même, attirée par le sombre, les ombres et les disparitions. Dans Cellule, son premier solo, véritable choc en 2017, on la découvrait enragée et planquée sous les lueurs des lampes torches. Pour Beloved Shadows elle fait l’erreur d’entrer dans un récit littéral et figuratif. Elle raconte un voyage initiatique qui la fait passer du noir à la lumière. Sur ce chemin, elle croise les bas-fonds des clubs, et danse sur le fil des barres de pôle-dance. 

Le corps de Nach est inouï, musclé à l’extrême, féminin à l’extrême, et son geste si rapide, si rythmique vaut de pardonner tous les écueils. La flexibilité de ses épaules est un chef d’oeuvre. Elle utilise les outils du Krump, cette danse cathartique de la violence qu’elle mixte avec les codes du Butô et du voguing. Hybride, elle sait friser l’épuisement, et offre des états de corps inédits. Chaque solo que compte le spectacle est l’occasion de voir la diversité de son écriture et les limites repoussées de chacune de ses ouvertures et de ses cambrures.

Il faut absolument continuer de surveiller Nach de près, et espérer qu’elle se libère encore, qu’elle épure surtout. On ne rêve que de la voir danser sans musique d’ornement et sans décor confortable. 

La soirée se poursuit avec une proposition du Festival Faits d’Hiver. Une pièce courte, qui avouons-le, aurait plus trouvé sa place en ouverture de ce double programme. C’est toi que j’adore est un duo dansé par Leïla Ka et Alexandre Fandard. 25 minutes d’une seule phrase chorégraphique, qui évolue dans les codes ultra classiques de l’écriture contemporaine.  Une phrase donc à la grammaire hip hop, qui combat, frappe et chute. Phrase qui va être augmentée, déphasée et bien sûr, décalée.  Classique également, le contrepoint entre le geste et le son. Les pas sont urbains, la musique est baroque. On entend en boucle les premières notes de la Sarabande d’Haendel. Si la proposition n’est pas neuve dans son écriture, elle est très bien réalisée et offre un délicieux moment au bord du théâtre.

Visuel : ©-André-Baldinger

« Le Photographe », de Ritesh Batra : plongée dans un amour impossible, à Mumbai
Agenda cinéma de la semaine du 22 janvier
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *