Danse
Memento Mori de Pascal Rambert : une formidable expérience sensorielle et déroutante

Memento Mori de Pascal Rambert : une formidable expérience sensorielle et déroutante

29 mars 2013 | PAR Christophe Candoni

Après sa triomphale Clôture de l’amour où le texte si dense était au centre du projet, Pascal Rambert propose une oeuvre-performance de toute beauté, sans mot, un brin trop courte mais vraiment osée, sur les origines de l’homme, avant le commencement de toute vie. Le spectateur y est invité à assister à la naissance de l’humanité.

Comment représenter loin de tout cliché ce que pu être le premier homme lorsque aucun tabou ou préjugé social ne pesait sur lui ? Partir de Zéro, du rien. Faire surgir d’une obscurité totale et inquiétante des formes, des corps seuls, nus et vierges, à peine perceptibles et pourtant saisissables et saisissants grâce aux lumières magiques, presque irréelles, conçues par Yves Godin.

On aperçoit ces corps jetés dans l’étrangeté du monde soudainement s’étirer, se mouvoir, marcher très lentement dans ce lieu solitaire et vide comme un espace intact, originel, qu’il reste à éprouver.

Les lumières et sons divers concourent à un état d’incertitude dans lequel s’enfonce le spectateur. Ses sens sont troublés. Il assiste aux apparitions et disparitions des corps sans vraiment discerner ce qui est vrai, réel, inconscient ou fantasmé, halluciné.

Dans la deuxième partie, les hommes, riches de la cueillette de fruits produits par une nature généreusement fertile, s’attirent, se groupent, s’accouplent. Un soleil d’été se lève sur les corps repus et endormis au milieu des fruits. Advient alors une superbe image de théâtre, la fresque magnifique d’un temps innocent, sans loi et sans contrainte.

Il résulte de cette proposition audacieuse un moment hors-temps, étrangement angoissant et pourtant très plaisant car sensible, paisible et délicat. Il manque peut-être de l’âpreté. On voudrait que cette harmonie courtoise de surface se brise et que la violence inhérente à la nature affleure. Néanmoins, la sentence menaçante Memento Mori (Souviens-toi que tu vas mourir) nous rappelle la rapidité et la vanité inexorables de l’existence sur terre.

© Marc Domage

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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