Danse
«Marseille-Méditerranée-Monde c’est le plus important», Jan Goossens, directeur du Festival de Marseille

«Marseille-Méditerranée-Monde c’est le plus important», Jan Goossens, directeur du Festival de Marseille

15 juin 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce vendredi, à l’occasion de l’ouverture du Festival de Marseille qui court jusqu’au 6 juillet, Toute La Culture a rencontré son directeur, Jan Goossens. Il nous parle de la 24e édition de ce festival de danse multiforme.

 

Comment intégrez-vous les Marseillais à votre festival ?

De plein de manières différentes. Nous sommes un festival itinérant alors on passe par plusieurs quartiers, plusieurs lieux. Cette édition qui se développe dans des espaces inattendus que les Marseillais ne fréquentent pas encore à l’année. Cette année on devrait être encore plus capable de toucher des spectateurs qui n’ont pas pour habitude de venir à La Criée, mais qui pourraient se rendre à la Sucrière dimanche et lundi pour Faustin Linyekula, ou mercredi pour 47 Soul. On implique aussi des Marseillais qui ne font pas forcément partie du circuit culturel habituel grâce à des partenariats classiques autours de projets particuliers comme Le Sacre ou Moun Fou, le spectacle de Rara Woulib, dont on montre des étapes. Cette édition est un grand pari. L’idée qui m’obsède de plus en plus est de rendre  une exigence possible au niveau de la programmation et des formes, sur tout un territoire, sans tomber dans un élitisme confidentiel très problématique. Le Cion de Grégory Maqoma est le plus classique dans la danse, et je l’ai pensé en spectacle d’ouverture davantage en direction d’une certaine bourgeoisie qui a ce genre d’attentes. Dans le même temps, il y a une poésie et une beauté très importante politiquement pour Marseille. Nous montrons des formes très populaires dans le sens où des amateurs sont insérés au processus de travail, le tout dans un niveau de sophistication assez élevé. Je suis convaincu qu’aucune création artistique ne devrait être inaccessible, si on implique de la bonne manière et dans la durée les gens d’un festival. Mais cette programmation n’a rien de facile.  

Est-ce que sur ce festival vous avez envisagé un thème précis ?

Je voulais plusieurs choses à la fois. Il fallait que son tissage artistique soit beaucoup plus Marseillais, et moins évident sur la notoriété des artistes. Parmi les invités se trouvent des références pour d’autres territoires que Marseille ou des domaines différents de la danse. Maqoma est une superstar en Afrique du Sud, tout à fait à la hauteur de Sidi Larbi Cherkaoui ou Akram Khan. Chawki qui fait La Chanson de Roland vient d’Egypte mais participe à la biennale de Venise, à la Documenta, etc. Mais on vit dans un monde culturel assez cloisonné, en danse et dans les arts vivants, alors il faut souvent expliquer. Les gens s’étonnent de l’absence de vedettes, mais je l’ai pensé comme une découverte. L’an passé c’était très bien, mais moins excitant.

Est-ce que vous voyez Le Festival de Marseille uniquement comme un festival de danse ?

Comme j’ai vraiment du mal à penser en discipline, je me dirige là où ma nature m’emmène. Alors je fais des efforts pour me recentrer sur la danse, mais le corps et le mouvement restent très présents dans leurs diverses expressions. Ce n’est clairement pas un festival de texte ou de la parole mais on y montre danse, performance, et aussi des formes hybrides qui sont difficiles à caser.

C’est aussi difficile pour le public, qui a peut-être encore besoin de cases ?

Oui, c’est pour cela que l’on y voit des spectacles qui sont clairement de la danse. Même s’ils ne sont pas fait par des artistes très connus, comme Kabinet K, cette compagnie flamande formidable qui travaille avec des enfants. Sur Khouyoul, ils ont retravaillé à Tunis avec des petits tunisiens. Et puis le spectacle de clôture Dans la peau de l’autre est parti très vite aussi, car Pepe ‘Elmas’ Naswa est la nouvelle star de Kinshasa. Bien qu’il ne soit pas un grand nom ici, il le sera très rapidement je crois. Parfois c’est la catégorie danse qui remplit les salles, mais je sens que d’autres publics ont une sensibilité pour des spectacles plus aventureux, moins faciles à définir. Certaines personnes sont sensibles à des démarches d’ouverture sur l’inter-générationnel, sur le non-professionnel, des expérimentations formelles. Invited de Sepe Baeyens a fait aussi beaucoup de bruit en Flandres en 2018. Ce sont des premières en France qui rendent les gens curieux. Mais j’espère qu’on touche des publics très différents et je voudrais que l’on ne retrouve pas les 400 mêmes personnes dans nos salles chaque année, ce serait vraiment ennuyeux.

Vous présentez différents stades de travail: il y a des work in progress, des premières, des créations…

J’essaie de plus en plus de donner du temps aux artistes et aux amateurs. D’autant plus que sont des projets qui se fabriquent ici. Ce qui m’intéresse est d’avoir par exemple Dorothée Munyaneza, qui est basée ici, et qui m’a exprimé le désir de travailler davantage à Marseille. Pour des raisons politiques et aussi écologiques, il faut créer des conditions propices à cela, ici, pour que les artistes puissent créer sur le territoire et dans la durée. On travaille sur Le Sacre depuis sept mois. Selma et Sofiane Ouissi ont passé trois mois à Marseille, et ils vont continuer à développer le projet qui sera de retour dans la prochaine édition. Je suis de plus en plus sensible à cette notion de durée. C’est intéressant pour les spectateurs, de voir comment un projet se fabrique, émerge et grandit. C’est aussi un désir de tous ces artistes d’avoir le temps, et surtout l’équipe de Rara Woulid, qui travaille sur deux ans, a besoin de ce genres de moments pour ouvrir ses portes, avoir des retours du public.

Avez-vous des liens avec les autres festivals comme Avignon, Montpellier, ou toujours pas ? 

Avec Avignon il y a une sorte de conversation permanente qui a abouti en 2017 sur un focus Afrique et puis on a reparlé de faire des focus, mais il n’y a jamais eu de clarté de leurs part concernant un ancrage territorial intéressant. Mais mes conversations naturelles se mettent davantage en place avec les équipes du Festival international d’arts lyriques d’Aix-en-Provence, qui sont partenaires de Rara Woulib pour un résultat final qui sera montré dans nos deux villes. Chaque année nous soutiendrons des projets atypiques, l’année prochaine ce sera autour de Amir El-Safa, le compositeur irako-américain qui développe un programme de flamenco avec la fondation Raymond-Roy, et qui est déjà présent cette année à Aix avec son ensemble. On envisage aussi un projet commun sur les éditions de nos deux festivals en 2020. Et puis je parle beaucoup avec Sam Stourdzé, le directeur des rencontres d’Arles pour que l’année prochaine nous ayons une collaboration assez ambitieuse et structurante de nos deux festivals dans le cadre d’Afrique 2020. Mais quand on regarde les programmations des festivals avec qui j’ai moins d’affinités, je suis content de ne pas devoir faire ça, et vice-versa, et c’est très bien d’avoir deux festivals qui donnent beaucoup de place à la danse et de manières différentes. Mais pour moi Marseille-Méditerranée-Monde c’est le plus important.

 

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Visuel : ©Danny Willems

 

Propos recueillis par Amélie Blaustein Niddam, retranscription par Philippine Renon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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