Danse

« Marie-Antoinette » : la reine martyre, héroïne du Ballet de Biarritz

« Marie-Antoinette » : la reine martyre, héroïne du Ballet de Biarritz

05 avril 2019 | PAR Raphaël de Gubernatis

Quel autre lieu plus légitime en France, pour accueillir un ouvrage dont l’héroïne est Marie Antoinette, que cet Opéra royal de Versailles qui justement fut inauguré sous Louis XV par les célébrations de mariage entre Louis de France, dauphin de Viennois, et Marie-Antoinette de Lorraine, archiduchesse d’Autriche ?

Une salle à manger d’apparat

C’est dans ce théâtre qui compte parmi les plus beaux au monde, s’il n’est pas le plus beau, que le Ballet de Biarritz, après la création dans sa ville d’attache, puis une tournée en Espagne, vient de représenter « Marie-Antoinette », une chorégraphie conçue par Thierry Malandain en s’appuyant sur trois symphonies de jeunesse de Haydn et sur une scène de l’ « Orphée » de Gluck.
Treize tableaux, accompagnés par les mouvements de trois symphonies de jeunesse de Joseph Haydn, « Le Matin », « le Midi » et « Le Soir », et par un fragment de l’ « Orphée » de Christoph Willibald Gluck (la danse des esprits bienheureux), et animés par quelque 26 danseurs, ont tenté de retracer la trajectoire de la dauphine, puis de la reine à Versailles.
Thierry Malandain fait débuter son ballet par ce banquet nuptial réservé aux seuls membres de la famille royale et à l’ensemble des princes du Sang de France, lequel banquet, le 16 mai 1770, occupa devant des milliers de spectateurs et devant toute la Cour la scène même de l’Opéra transformé pour la circonstance en une immense salle à manger d’apparat. Et avec cette licence que peuvent prendre les artistes quand il s’agit d’une création, le chorégraphe y fait figurer l’impératrice Marie-Thérèse, la mère de Marie-Antoinette, qui bien évidemment, régnant à Vienne sur les terres immenses des Habsbourg, ne pouvait être présente. Mais plus tard, il fera aussi apparaître Joseph II, empereur du Saint Empire Romain Germanique, le frère de la jeune reine, qui lui effectua réellement un séjour à Versailles, séjour à la suite duquel Louis XVI consommera enfin son mariage. Cela donnera naissance à Marie-Thérèse de France, titrée Madame Royale, la première des quatre enfants du couple de souverains. Une scène qui sera le prétexte à la seule qui soit accompagnée par des pages de Gluck.

La femme plutôt que la princesse

Ce n’est pas la princesse qu’a voulu évoquer le chorégraphe dans son ballet, mais bien plutôt la femme. Trop jeune pour régner (elle n’avait pas 20 ans), très mal préparée à son rôle, plus mal entourée encore de coteries insupportables frivole, impérieuse parfois, décidée à se soustraire à une Etiquette absurde et contraignante, éprise de liberté personnelle, elle est aussi une créature sensible et intelligente, à l’âme artiste, éprise de théâtre, de musique et de danse, la protectrice de deux des grands artistes de son temps, Gluck et Noverre, qui furent, il est vrai, ses professeurs à Vienne du temps qu’elle était l’archiduchesse Antonia, une mère aimante et attentive, et qui finit un jour, quand l’horreur de la Révolution la submergea, par devenir une authentique héroïne et une grande chrétienne.
Malandain a sans doute bien compris qui était en réalité Marie-Antoinette de Lorraine d’Autriche. Et il a voulu en établir un portrait sans complaisance, sincère et honnête. Ses quinze tableaux sont là comme des morceaux de vie pour saisir une existence devenue aujourd’hui un mythe. Cependant, s’il se veut fidèle à la figure de son illustre modèle, le chorégraphe se laisse glisser sur une veine chorégraphique qui relève avant tout du pur divertissement. Durant tout l’ouvrage, on n’en sortira pas. Ni les diverses périodes de cette existence qui s’acheva si tragiquement, ni les personnages évoqués de scène en scène n’acquièrent vraiment d’épaisseur. Et lui qui sait si souvent se révéler un excellent metteur en scène et possède un vrai sens du théâtre, pris au piège peut-être par ces symphonies trop charmantes, il se laisse emporter par un esprit sans conséquence qui noie son sujet, bien malgré lui sans doute, dans un fâcheux climat de légéreté. Et il n’a pas su conférer à ses interprètes cette dimension théâtrale nécessaire pour traduire la vie de la dernière reine de France. Il est vrai que le chorégraphe n’est pas aidé par les costumes qui ont été réalisé par Jorge Gallardo. Celui-ci, qui n’a rien compris à l’époque, fait ressembler Mesdames de Frances, les filles de Louis XV, ainsi que les femmes de la plus brillantes des cours européennes, à une assemblée de cocottes de la fin du XIXe siècle affublées de robes froufroutantes d’une accablante vulgarité. Exécrable traduction des outrances de la mode féminine à la Cour de France et des excès bien réels d’une société de privilèges. Du même auteur en revanche, le décor, sobre, élégant, constitué de grands cadres or et bleu de France sur un fond de ciel ennuagé, se marie à la perfection avec la salle de l’Opéra royal dessinée par Jacques Ange Gabriel. Une scène du ballet pourtant se révèle d’un charme et d’une vivacité indniables : celle qui évoque les divertissements du hameau de Trianon par de plaisantes danses d’inspiration campagnarde. L’ultime tableau, celui établi sur le dernier mouvement de la Huitième Symphonie baptisé « La Tempête », ce tableau qui évoque l’invasion dramatique du palais de Versailles par les hordes populaires en octobre 1789, revêt, lui, une tonalité brusquement dramatique. Mais il survient si brutalement, si inopinément à la fin d’un ballet trop aimable qu’il en devient presque incongru, puisque rien dans le spectacle n’aura su l’annoncer.

Pour l’ exécution des pages musicales accompagnant la chorégraphie, le Ballet de Biarritz a connu ce luxe, devenu rare quand une compagnie est en tournée, d’être accompagné par cette excellente formation qu’est l’Orchestre symphonique de l’Euskadi, le Pays basque espagnol. L’ensemble étant dirigé avec autant d’énergie que d’esprit par Mélanie Lévy-Thiébaut dont la conduite a beaucoup contribué à la belle tenue du spectacle.

Sans l’orchestre malheureusement, les prochaines représentations de « Marie-Antoinette » auront lieu :
les 5 et 6 avril 2019 à l’Opéra de Vichy ;
les 19 et 20 avril 2019 au Grand Théâtre de Bordeaux ;
les 25 et 26 mai 2019 à l’Opéra de Reims ;
les 1er, 2 et 3 juin ainsi que les 7, 8 et 9 août 2019 à la Gare du Midi, à Biarritz

visuels : ©Olivier_Houeix

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Raphaël de Gubernatis

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