Danse
Lumière noire

Lumière noire

18 novembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Sébastien Gokalp, le directeur du musée de l’histoire de l’immigration, a introduit la soirée Joséphine Baker, Lumière noire, retraçant le parcours de la danseuse de légende, une rencontre animée par la journaliste Doan Bui et  l’historien Pascal Blanchard dans le magnifique auditorium du palais de la porte Dorée érigé à l’occasion de l’Exposition coloniale de 1931. 

Beauté noire

Dès l’annonce de la panthéonisation de Joséphine Baker, Pap Ndiaye, le directeur général du musée a souhaité consacrer une soirée à cet événement. Ont été invités pour parler de la danseuse, chanteuse, résistante gaulliste et militante antiraciste artistes et spécialistes de ces questions. En premier lieu, la Martiniquaise Lisette Malidor, elle-même danseuse, chanteuse et meneuse de revue, une découverte de Roland Petit qui l’intégra dans son spectacle Zizi je t’aime !  en 1973 au Casino de Paris.

À ces côtés, Brian Scott Bagley, l’excellent danseur de jazz, claquettiste, meneur de revue au Crazy Horse et, surtout, chorégraphe, un Américain originaire de Baltimore que nous avions repéré en 2006 dans la comédie musicale de Jérôme Savary ayant justement pour titre À la recherche de Joséphine. Côté cour, la jeune Amanda Beauville, étudiante en cinéma, auteure d’une chanson sur Joséphine, a chaleureusement évoqué cette figure noire de référence.

Corps sage, corps sauvage

Sylvie Chalaye, prof d’histoire du spectacle à Paris III, a rappelé que l’image de Joséphine est vite devenue à la fois un logo et quelque chose de marquant pour l’imaginaire : le nu et les bananes, alors qu’elle n’aura dansé avec ces bananes que très peu dans sa vie! D’autres danseuses exotiques avaient préparé son attente, notamment le modèle des peintres de Montparnasse et du photographe Man Ray, Aïcha Goblet, qui avait été mise en scène en 1924 par Gaston Baty au Studio des Champs-Élysées dans une pièce de Charles Demasy adaptée de Pierre Mac Orlan, La cavalière Elsa. La journaliste Rokhaya Diallo a, quant à elle, reconnu le rôle joué par Joséphine Baker pour ce qui est de l’affirmation des femmes dans l’espace public.

Elle a rappelé que Baker a créé sa ligne de cosmétiques, inspiré par sa coiffure d’autres femmes, qu’elle a compté dans l’histoire des femmes de France et non seulement dans la représentation des personnes noires ou des corps féminins sur scène : « C’est vrai que j’ai un regard assez ambivalent sur Joséphine Baker. À la fois je suis très admirative de cette femme, de l’artiste qu’elle était, mais aussi de la femme politique, de la résistante, de la seule femme qui ait pris la parole lors de la marche sur Washington en 1963 au côté de Martin Luther King ». Rokhaya Diallo considère aussi qu’à l’époque de Baker, il y avait deux types de Noirs en France : ceux qui étaient révérés et célébrés, Les Américains, et ceux qui vivaient encore sous le joug colonial. 

Visuel : Lisette Malidor au musée de l’histoire de l’immigration © Nicolas Villodre

« Et même l’enfer c’est pas grand chose » : Bruno Lus dans la tête d’une adolescente rebelle
François Truffaut, film par film…
Nicolas Villodre

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture