Danse

« Love Supreme », la blue note d’Anne Teresa De Keersmaeker et Salva Sanchis

« Love Supreme », la blue note d’Anne Teresa De Keersmaeker et Salva Sanchis

06 avril 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre de la ville et le Festival Séquence Danse Paris au 104 nous offrent la re-création de Love Supreme, un chef d’œuvre d’Anne Teresa de Keersmaeker et Salva Sanchis écrit en 2005. Une nouvelle fois la meilleure chorégraphe actuelle interroge et éclaire la relation entre la danse et la musique. La pièce affiche complet mais sera reprise la saison prochaine au Théâtre de la Ville.

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Ils sont deux, roi et reine du spectacle vivant. Roméo Castellucci au théâtre et elle, Anne Teresa de Keersmaeker à la danse. En 1995 elle a ouvert P.A.R.T.S une école de danse qui a allié l’exigence et la beauté dans une forme contemporaine.

Fascinée par le rythme mathématique elle inscrit toujours sa chorégraphie au sol, un peu de la même façon que John Cage écrivait ses partitions, avec des courbes et des lignes. Pour Love Supreme elle laisse le plateau ponctué de lignes droites à la craie.

Love Supreme est pour l’histoire du jazz un tournant. En 1964 Coltrane écrit ce qui sera à l’avant-garde du Free-jazz dans une forme neo-classique. Il s’agit d’un poème mystique pour quartet et en quatre parties. John Coltrane est au saxophone ténor, McCoy Tyner au piano, Jimmy Garrison à la contrebasse et Elvis Jones à la batterie.

Alors en duo de chorégraphes, Anne Teresa de Keersmaeker et son ex-élève Salva Sanchis ont imaginé inverser les rôles.

Quatre danseurs époustouflants pour quatre instruments absents. José Paulo Dos Santos, Bilal El Had, Jason Respilieux et Thomas Vantuycom

Il n’est pas question d’interpréter ou de figurer le rythme du morceau, il est question de l’avaler et de devenir les instruments. En quatre temps, la chorégraphie nous fait passer du silence idéal pour écouter les gestes au jazz qui est devenu le chevalier de la chorégraphie. L’écriture ici est à la fois jazz, sans glisser dans le modern  et typiquement P.A.R.T.S. Une attention folle est portée à la circularité, à l’inachèvement des mouvements et aux temps suspendus. La fluidité est limpide, la technique sans limite. Quatre garçons donc, à la physicalité impressionnante qui se laissent entraîner par leurs bras, qui laissent fondre leurs dos dans des allures de rewinds, qui laissent les courses s’emballer pour mieux les suspendre. C’est un morceau de jazz, un pur, fait d’improvisations autour d’un thème. Alors que le quartet se divise, que chaque danseur s’offre un solo superbe en devenant le sax profond, le piano rapide, la batterie incarnée ou la douce contrebasse les temps de rassemblements surviennent avec surprise dans des élans qui autorisent des portés anti-classiques.

La force de Love Supreme est d’offrir une danse qui dans son écriture est radicale sous une allure simple, évidente et émotionnelle. Love Supreme, le morceau de jazz, est écrit comme un chant gospel et la façon dont la danse vient dialoguer avec lui est d’une beauté subjuguante, violente de talent et d’exigence.

Visuel :©Anne Van Aerschot

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