Danse
Loïc Touzé et Latifa Laâbissi ouvrent avec LOVE le bal du cinéma au CND

Loïc Touzé et Latifa Laâbissi ouvrent avec LOVE le bal du cinéma au CND

17 octobre 2012 | PAR Smaranda Olcese

 

Le Centre National de la Danse se met à l’heure du cinéma. Le fil rouge de cette nouvelle saison danse et cinéma donnera la note d’une programmation marquée par des installations vidéo, des projections, des publications – notamment l’ouvrage homonyme dirigé par Stéphane Bouquet – et bien sur des spectacles. Love, pièce co-signée par Loic Touzé et Latifa Laâbissi, reprise pour l’occasion, ouvrait dès sa création en 2003 des pistes de réflexion dans le domaine.

 

Presque 10 ans après, la pièce n’a rien perdu de sa fraicheur et de son pouvoir d’interloquer. Portée par de magnifiques danseurs, elle s’inscrit dans un double mouvement : apparemment facile d’accès, son propos n’a de cesse de pointer vers le hors-cadre, d’interpeller les codes visuels des arts de la scène et de mettre à mal toute tentative de se fier à une quelconque narration. Sa structure sérielle est servie par un procédé répétitif insolite qui finit par imposer son rythme. Avec un air cocasse, les interprètes testent la pertinence et la malléabilité des concepts qui régissent notre décryptage d’une situation.

Le regard est d’abord accroché par des repères rassurants, trop évidents diront certains sans guère se méfier. Ainsi en va-t-il de la structure à la couleur acidulée qui semble irradier de la lumière. Elle fait office de scène et cadre, éclatés par la manière dont les performeurs jouent les entrées et sorties et assignés à cette région intermédiaire — hors-cadre, mais pas pour autant hors-champ — ils restent visibles. Sa parenté avec le studio d’incrustations et son fond uni devient de plus en plus évidente tout au long de la pièce. Les séries de situations échappent à tout ancrage spatio-temporel et font signe vers cet étrange non-lieu d’une visibilité hypertrophiée.

Tout autant rassurants sont les visages grimés en blanc des danseurs, avec leurs lèvres rouge sang qui ressuscitent une nuée de références et de clins d’œil : des personnages de la Comedia del arte ou des films de série Z, des héros de music-hall, des gamins le soir d’Halloween, etc. Aucune interprétation ne saurait être univoque, tant les situations sont hybridées et dévient du scénario attendu, se montrent avides d’accueillir des grands refoulés de la danse contemporaine, ainsi cette figuration qui penche vers le mime. Quant à l’expressivité des visages, toujours travaillée malgré des automatismes feints, agrémentée par un jeu de masque qui continue dans le registre burlesque au delà du moment où, suite à l’effort et aux multiples étreintes et coups, les couleurs disparaissent, elle rappelle les préoccupations si chères à Latifa Laâbissi. La performeuse, qui co-signe cette pièce avec Loic Touzé, est en effet reconnue pour son intérêt pour le visage (et la voix) comme territoires privilégiés de manifestation des liens souterrains entre histoire des représentations et imaginaire collectif.

A l’image de la chevauchée folle des danseurs dans la forêt de symboles, inscrite en négatif dans le décor conçu par Jocelyn Cottencin dans la saynète finale, laissons nous embarquer par l’énergie et l’humour espiègle de cette pièce qui porte la promesse d’un dévoilement dans les silences, les attentes et les jeux de miroirs entre public et interprètes.

 

photographies © Jocelyn Cottencin

Off de la FIAC : Réjouissante Cutlog
L’accordéon Quelle histoire! de Philippe Krümm
Smaranda Olcese

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture