Danse
Locus Focus, la poésie d’un corps au Festival d’automne

Locus Focus, la poésie d’un corps au Festival d’automne

22 septembre 2012 | PAR La Rédaction

Au Théâtre des Bouffes du Nord, dans le cadre du Festival d’automne, le chorégraphe Min Tanaka, représentant du buto, danse subversive japonaise, nous livre une performance pleine de grâce.

Une voix d’outre- tombe s’élève dans le noir complet, venue de loin, elle déclame des paroles étrangères. Côté cour, une petite porte s’ouvre pour laisser apparaître, éclairée par une simple bougie, la figure d’un vieil homme. Vêtu de haillons, le soliste s’avance à pas lents sur la scène. Ses pieds glissent sur le sol, comme s’il avait peur, en les soulevant plus haut, de perdre l’équilibre. Un violon s’élance quelques minutes, une mélodie lancinante et nostalgique, puis le silence.

Il ne reste qu’un homme, fatigué, économisant ses moindres mouvements, les savourant comme ses plus précieux biens. Il ne reste qu’un homme évoluant entre des sacs de cordes à forme humaine rappelant, tels des mausolées, le souvenir d’âmes disparues. Les yeux brillants rivés vers le ciel, le buste tendu en offrande, il implore un peu d’aide. Le ciel refuse. Se recroquevillant sur le sol, il prie la terre alors. Elle est sourde à son appel. Il tente de faire parler les statues de fortune, les serre dans ses bras pour leur redonner vie. Elles ne bougent pas. Ce mendiant est le dernier être sur terre.

Mais quand tout a disparu subsiste le corps. Un corps vieillissant certes, brisé en courbes anguleuses, mais un corps vivant sublimé par la douceur de la lumière : des mains crispées et osseuses plus expressives que les mots, la silhouette d’une jambe, les grimaces hallucinées d’un visage, les tremblements de l’effort. Par deux fois sur le point de mourir, ce corps se relève et se métamorphose. Tantôt homme, tantôt chien, tantôt oiseau, il prend possession de l’espace et il danse. Il danse lentement, puis avec plus de force, plus de rage, jusqu’aux limites de la folie. Il danse, il danse, jusqu’à ce que, dans un souffle, la flamme de la bougie s’épuise.

 

Aïnhoa Jean-Calmettes

Visuel : (c)Shiho Ishihara

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La Rédaction

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