Danse

Littéral, le bel âge de Daniel Larrieu

Littéral, le bel âge de Daniel Larrieu

28 février 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe (et danseur, et photographe, et acteur) Daniel Larrieu a eu 60 ans cet automne. Et oui cela vaut un spectacle. Un superbe spectacle même, car prendre au pied de la lettre l’idée que ballet et balais sonnent pareil, c’était osé. 60 balais pour un ballet donc, et une liberté enfantine rose bonbon des plus délicieuses.

Pour leurs 40 ans, les Hivernales ont eu envie de fêter les 60 de Larrieu. L’idée est simple, efficace. Elle est surtout le prétexte à montrer Littéral, la dernière création de la compagnie qui a déjà reçu un superbe accueil à June Events, à POLE-SUD, au Vivat… on en passe.

Sur scène, un balais « réalisé en paille de sorgho, fabriqué à l’ancienne par Didier Dussere à Saint Chaptes en France. » Le long du mur, des dizaines de ces mêmes balais. Puis, en solo, apparaît Daniel Larrieu, en costume noir un peu transparent, ultra large, aux allures de baby-gros. Il offre une danse qui rappelle les gestes de Dominique Bagouet. Ça gratte, ça montre, ça plie, ça raconte. Ça raconte quoi ? On ne comprend pas. Visiblement, il y a une histoire sous ces gestes et volontairement, ce n’est pas traduit.

A chacun de voir ce qu’il veut ici. La musique de Jérôme Tuncer rappelle les bandes sons de Cunnigham et Lucinda Childs, elle boucle. Et désormais, Marie Barbottin, Léa Lansade, Marion Peuta, Jérôme Andrieu et Yan Giraldou ont pris la scène ( après un petit clin d’œil light au lac des cygnes), le son reste d’inspiration Glass, et la partition est maintenant de Quentin Sirjacq. Les cinq vont offrir une étude sur les lignes et les déplacements, à rendre fou n’importe quel danseur. Tout est compte ici, les croisements sont millimétrés, et De keersmaeker n’est pas loin. Ils sont tous vêtus de rose layette, culottes apparentes sous des collants pâles. Le résultat est léger et pourtant l’heure est grave, car les balais sont là, ils reviennent. Alors ? Voitures de sorcières, temps qui passe ou symbole d’un nettoyage de printemps ? Le printemps ? Faut-il voir encore un sacre ici, c’est à dire un sacrifice avant renouveau ?

Larrieu a tout fait, y compris danser sur un glacier. Alors quoi oser encore ? Ce qui le caractérise, c’est l’humour, et c’est là que se trouve la clé de la pièce. Il ose faire jouer ses danseurs à des jeux, faisant claquer les doigts et taper dans les mains. Le mouvement est circulaire et directionnel. Il ne s’arrête pas. Sans être dans un rythme délirant, la danse est fluide, belle. On retrouve toute la génération de Daniel Larrieu ici, et un plaisir de danser post classique et pré-perf. C’est jubilatoire.
Jubilatoire aussi de juste les regarder, de voir les épaules si détachées, les hanches si souples et une joie d’être au plateau.
Littéral est un spectacle merveilleux, un conte de fée sans tutu. Ici, si le balais qui est accroché aux cintres appartient à une sorcière, il est évident qu’elle nous cache sûrement des choses, elle en a encore sous le manche…

Bon anniversaire cher Daniel, tout est à créer encore.

Les Hivernales, eux, ont encore à créer, avec une programmation qui s’étend jusqu’au 3 mars.

Visuel : ©Benjamin Favrat

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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