Danse
L’intemporelle contemporanéité de Roméo et de sa Juliette

L’intemporelle contemporanéité de Roméo et de sa Juliette

21 décembre 2016 | PAR Marianne Fougere

Créé en décembre 1990 pour le Lyon Opéra Ballet, le Roméo et Juliette d’Angelin Preljocaj est de retour sur la scène du Théâtre National de Chaillot.

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On ne présente plus Angelin Preljocaj, chorégraphe star, dont le fait d’armes le plus célèbre est sans aucun doute Le Parc – qui ne se souvient pas, en effet, de l’image de ce couple tournoyant sur une musique de Mozart, elle accrochée au cou de son amant ? Le graphisme n’est pas en reste dans ce Roméo et Juliette, puisque Preljocaj a confié le soin des décors au dessinateur Enki Bilal. La musique, entêtante, de Prokofiev, résonne et tonne à merveilles dans cet univers concentrationnaire et oppressant où se déroule une de ces luttes des classes dont l’histoire nous a, à foison, recouvert.

Si Preljocaj parvient à porter un regard tragiquement moderne sur l’histoire mythique du couple shakespearien, c’est parce qu’il la plonge dans un état d’urgence où l’espace de liberté(s) est réduit à néant. Telles les milices de moralité de l’Etat Islamique, mises en scène par Abderrahmane Sissako dans Timbuktu, la milice des consciences du clan Capulet sévit et tente, de la manière la plus violente, d’éradiquer la fougue de la jeunesse et du mouvement. Par-delà l’emprise familiale, ce Roméo et Juliette donne à voir l’emprise effective du pouvoir sur l’une des libertés fondamentales de l’individu : celle d’aimer.

La revendication du droit d’aimer requiert un engagement total, un engagement physique incroyable dont font preuve nos tourtereaux-danseurs jusque dans la mort  – le dernier tableau est, de loin, le plus fort et le plus beau. C’est peut-être cette même radicalité que nous aurions apprécié voir poussée à l’extrême lorsque Preljocaj s’affronte à la lutte qui oppose une classe favorisée et aux commandes du pouvoir à celle misérable et exploitée. Certaines  répétitions brisent, en effet, un peu le rythme de la pièce et, avec lui, la force du propos tenu par Preljocaj. Roméo restera toujours Roméo et l’émancipation un combat de tous les jours.

Visuel : © JC Carbonne

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Marianne Fougere

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