Danse

Les lignes de Bach d’Anne Teresa de Keersmaeker à Montpellier Danse

Les lignes de Bach d’Anne Teresa de Keersmaeker à Montpellier Danse

05 juillet 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La reine des chorégraphes offre à Montpellier Danse, pour sa clôture, sa dernière création, Mitten wir im Leben sind. Un chef d’oeuvre de plus pour De Keersmaeker, malheureusement remplacée suite à une blessure de l’épaule.

Bach.. encore ! Oui, encore. Comme si elle n’avait pas tout dit et tout fait depuis Partita 2Et à voir, subjugués, le talent et la folie se déployer dans Mitten wir im Leben sind, la réponse est oui, oui, encore !!!

Le plateau est vide, ou presque, puisqu’au sol sont tracées les courbes qui définissent les directions très mathématiques des danseurs. Ce soir, Femke Gyselinck, sa plus proche collaboratrice remplace Anne Teresa qui aurait dû être sur scène et qui le sera pour la reprise de la pièce au Festival d’Automne. Femke Gyselinck donne la réplique successivement à Michaël PomeroJulien Monty, Marie Goudot et Boštjan Antoncic. Oui, donne la réplique. Elle les lance en quelque sorte, les oriente dans le bon sens de la marche, pour pouvoir dialoguer avec justesse avec le violoncelle de Jean-Guihen Queyras qui déploie avec une beauté pure Les suites pour violoncelle.

La danse est créée par la chorégraphe et par les danseurs. Cela est palpable ici, dans une liberté de geste rarement atteinte chez de Keersmaeker. On retrouve les mouvements iconiques comme la vrille de Fase, très présente ici mais aussi des gestes un peu délirants. Une roulade avant par exemple ou une danse de pantin. Ils sont tous dans une énergie différente. Marie Goudot est virtuose, rapide, possédée positivement par les cordes. Julien Monty est dans une force maîtrisée, comme écrasé par la symbolique Bach. Ils sont tous les six absolument étonnants dans leurs arrêts et dans leurs reprises de vitesse.

La pièce est d’une incroyable beauté alors que rien n’est censé être beau. Comme toujours, elle cabre quand on attend de la courbe. Comme toujours, elle suspend un pas pour ne jamais le faire aboutir. Et c’est là que le génie se niche, dans la justesse dingue des ruptures de rythmes

Cette pièce se place dans les travaux que Anne Teresa De Keersmaeker poursuit sur les interactions entre le son et le geste. Comme dans Love Supreme, les danseurs ne deviennent pas les instruments, ils ne font pourtant qu’un avec le violoncelle, sans jamais l’illustrer, sans le mimer. C’est un pas de deux sans fausse note entre l’instrument et l’interprète. Le musicien est ici l’œil du cyclone, il examinera tous les points de vue : de dos, de profil et de face.

Dans cette spirale ou tout recommence toujours ( Fase... décidément) rien n’est jamais acquis. Ces pas de deux ne fonctionnent que reliés les uns aux autres. Six danseurs pour six Suites. Physiquement, c’est époustouflant. Les courses, inversées, latérales, ne cessent pas.  Les  verticalités jouent les inversions.  Au moment des saluts, les danseurs réapparaissent exsangues après deux heures passées au plateau. La spirale est en fait infernale, car ce niveau de danse, qu’ont les interprètes de la compagnie Rosas témoigne d’un engagement qui déborde de la pratique corporelle pour atteindre des cercles de réflexions intenses, forcement tracés à la craie.

Dernière à Montpellier Danse avant le Festival d’Automne, vendredi 6 juillet à 20h00, à l’Opera, place de la Comédie.

 

 

Visuel : MittenwirimLebensind © AnneVanAerschot

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Fond Hélène et Edouard Leclerc pour la Culture
Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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