Danse
Lia Rodrigues en rouge et noir au CND

Lia Rodrigues en rouge et noir au CND

21 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Vous le savez déjà (car on radote dans ce journal !) : le Festival d’Automne fait le portrait de Lia Rodrigues. La chorégraphe brésilienne s’est emparée de cette opportunité pour offrir au monde toute la diversité de ses héritiers. Et on peut le dire, si la famille est nombreuse, elle est aussi très diverse !

Donc, vous avez pu jusque-là découvrir les noms de Marcela Levi et Lucía Russo, Luiz de Abreu, Cristina Moura ou Marcelo Evelin, des noms que nous n’avions jamais écrits dans Toute La Culture. C’est dire si ce portrait fonctionne. Il ouvre sur des univers qu’on ne connaissait pas. Pourtant, jusqu’ici, il y avait un lien entre tous, un rapport au théâtre et au monstrueux évident. Mais hier, cette idée s’est effondrée. En présentant un programme de deux spectacles que tout oppose, le Centre national de la danse a tapé fort. Non, « Lia Rodrigues ne fait pas des « clones » » (je vole cette idée à ma consœur adorée Laura Cappelle). Ce double programme sans aucun lien se compose donc de O Banquete d’Ana Pi et de The Sound They Make When No One Listens de Thiago Granato.

Le rouge d’Ana Pi

Pour O Banquete, Ana Pi nous place dans un univers totalement rouge, des lumières aux costumes en passant par le décor. Ana est pour le moment seule en scène en short à paillettes et blouse de cuisine customisée. Il y a des petites tables avec des casseroles et un (faux) coq prêt à réveiller les habitants de cette maison ! Elle danse par à-coups, faisant glisser ses pieds dans de légers pivots. Son visage est un spectacle, elle fait danser sa bouche. Tous les mouvements liés à la cuisine et au fait de manger la saisissent. O banquete vaut pour la présence d’Ana Pi, vraiment spectaculaire, encore brute. La pièce est généreuse, drôle et humaine. La bande-son est géniale, écrite par Aishá Lourenço, techno et chaude ! O Banquete est comme un bonbon, sucré alors qu’on y cuisine des coxinhas, les fameuses croquettes brésiliennes ! Et pourtant O Banquete est bien plus politique qu’il n’y paraît. Sur scène elles seront finalement trois. Ana Pi donc, la philosophe ici musicienne Maria Fernanda Novo et la tante paternelle d’Ana, Mylia Mary, « ancienne passista dans les écoles de samba devenue salgaderia, cuisinière respectée ».

La pièce est dédiée au père d’Ana Pi, porté disparu depuis 2018. Et sous l’apparente légèreté de cette innocente séance de cuisine entre femmes, acte éternel, se cache un manifeste contre le régime brésilien. C’est comme si le monde continuait de tourner comme on roule ces boulettes de poulet. Mais malgré cela, la pièce reste fragile, elle ne pousse pas assez loin son propos et reste dans un geste léger, très agréable. 

Le noir de Thiago Granato

Changement total d’ambiance pour la seconde pièce, celle du chorégraphe et danseur Thiago Granato, The Sound They Make When No One Listens. Nous voici dans une sorte de cage. Un danseur semble dormir seul, habillé lui aussi en noir. Puis arrive les deux autres interprètes. Maria Romagnani, Roger Sala Reyner et Thiago Granato, tous les trois se munissent de tiges de métal. Et là commence un ballet symbolique. Chacun y verra ce qu’il voudra, pour nous, ce furent des figures de fuite : exilés quittant leur pays accrochés sous un camion ou voguant sur un bateau précaire. La danse est essentiellement sur le dos au sol, ils rampent comme s’il voulaient s’enfuir.  

Mais rien n’y fait, la sensation de déjà vue est trop forte, il y a un manque de modernité ici. Le geste se place dans l’esthétique de la danse contemporaine allemande des trente dernières années. Vue aujourd’hui, la pièce ne décolle pas. La présence permanente des bâtons lui donne une allure gadget. Cela pourrait être le nouveau générique de The Squid Game, mais ce n’est pas le but. Les interprètes ont beau être impeccables dans leur partition, ils ne parviennent pas à casser le mur physiquement présent via les barreaux. On reste au bord à les regarder, sans transmission.

Jusqu’au 22 octobre au CND.

Visuels :

The Sound They Make When No One Listens de Thiago Granato © Rafael Medina

O Banquete d’Ana Pi © Alile Onawale

La Renaissance de la FIAC du 21 au 24 octobre au Grand Palais éphémère
La Ligne Rose : Odile Blanchet, Bérénice Boccara, Sana Puis nous font mourir de rire
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture