Danse

Les filiations d’Hofesh Shechter

Les filiations d’Hofesh Shechter

06 mai 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe israélien, qui nous avait illuminés de son solaire Sun, regarde déjà dans le rétro. A l’instar de ses aïeux que sont Cunningham ou Trisha Brown, il offre aux Abbesses un retour sur dix ans de travaux, ici dansés par les jeunes danseurs de sa compagnie.

DeGeneration se compose de trois spectacles présentés de façon a-chronologique. Cult (2004), Fragments (2003) et Disappearing Act (2015). Ce voyage dans le passé nous permet d’entrer dans les fondations de celui qui, désormais installé à Londres, a fait ses armes auprès de Wim Vandekeybus.

Les trois pièces font tellement corps que les différencier serait un écueil. On retrouve ici l’identité de Shechter : une danse rapide, faite d’éclats et de changements d’espaces fulgurants. Né en 1975, on ne doute pas qu’il ait été biberonné aux clips de MTV et son geste s’apparente à des shorts-cuts. La première scène nous met au commencement du monde, au premiers mots de la Genèse. Il y aura des halos, nombreux, qui mettront des danseurs dans des postures de repli sur eux mêmes, comme s’ils se boxaient. Il y aura plus tard des scènes de groupes où, à la façon des juifs hassidique parodiés dans Rabbi Jacob, les bras se lèveront au ciel ponctués de mains ouvertes qui se balancent à la façon de ces hommes en noir qui dansent jusqu’à l’ivresse.
L’ivresse est là bien sûr, la drogue aussi. Il y a du speed infini dans des accélérations que l’on ne voit pas arriver.
Il travaille la difficulté à être ensemble, que ce soit à deux ou à dix et souvent, un homme seul s’écarte du monde.

La soirée se ponctue par la dernière création, également la plus longue, Disappearing Act et il faut avouer sans rougir que nous sommes face à un chef d’œuvre. Ici, les costumes nous amènent encore plus loin dans le temps, dans les années 60. Mais dans ce west-side story, les danseurs semblent planer avec violence dans un rythme de nappes électroniques.

La patte du quadra est désormais limpide. Sa danse est toujours très ancrée au sol (dans Fragments, il fait même nager ses danseurs) et en même temps extrêmement psychédélique et solaire. Il se dégage de son travail une énergie rare. Il est aussi compositeur de musique et sait s’approprier le corps comme un instrument. Ses ruptures de rythmes maîtrisées au cordeau font de lui un grand chorégraphe.

Visuel : Théâtre de la Ville

En tournée :

Jeudi 25 et vendredi 26 juin à 21 h au Théâtre de La Criée à Marseille, dans le cadre des vingt ans du  Festival de Marseille.

Infos pratiques

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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