Danse

Les bestiaires de Rafaële Giovanola et Annamaria Ajmone au Festival Antigel

Les bestiaires de Rafaële Giovanola et Annamaria Ajmone au Festival Antigel

14 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le festival pluridisciplinaire suisse fête ses 10 ans cette année. Hier soir, à l’Association pour la danse contemporaine (ADC), les deux chorégraphes ont développé chacune une animalité féroce.

Il y a cette idée que la danse vient de la marche. Mettre un pas devant l’autre pour avancer. Et de cet acte vient le mouvement. Chez Rafaële Giovanola, tout part au contraire du souffle et du sol. Elle est suisse, elle est aussi allemande, aussi américaine. Elle est la tête de la compagnie CocoonDance à Bonn, qui est également un lieu, un théâtre où elle enseigne.

Et c’est lors d’une résidence de trois ans au Théâtre du Crochetan à Monthey qu’elle pense Vis Motrix. La pièce est le pendant de Momentum, une œuvre pour trois danseurs inspirée des mouvements du free running. On le sent rapidement, la rue est là dans Vis Motrix. Break, Krump sont comme vissés dans les épaules mais vidés de leur notion de battle.

Alors, elles sont quatre. Allongées, toutes de noir vêtues, le chignon bien serré sur la tête. Fa-Hsuan Chen, Martina De Dominicis, Tanja Marín Friðjónsdóttir, Susanne Schneider/Marie Viennot respirent. Le thorax se gonfle de façon démesurée et entraîne la colonne qui se cambre jusqu’à entraîner un soulèvement de la nuque. De leur sensation, de leur désir d’être ensemble vient le mouvement, toujours, toujours au sol, à quatre pattes, et sur le dos. Elles grouillent comme des araignées ou des fourmis, ou bien des robots très disciplinés.

C’est époustouflant de technique, d’écoute, de beauté et de puissance. Tout est parfait dans cette construction sans espoir où la lumière oscille et où le son, une boucle électro, finit de sculpter l’espace 

Dans une profondeur proche des recherches de Myriam Gourfink et dans une rage chère à Nach, Rafaële Giovanola se place dans une quête radicale et pourtant généreuse. L’obsession de la répétition du geste et la pureté de la ligne d’écriture associées à une dose d’improvisation et d’écoute font de Vis Motrix une œuvre généreuse qui injecte des images rétiniennes dans notre cerveau. Ce déplacement sur quatre appuis est une idée de génie.

Plus tigre qu’insecte, Annamaria Ajmone sort son Trigger de la cage aux fauves très régulièrement. Rien n’a beaucoup changé sur le fond depuis que nous avions découvert la pièce aux Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint Denis en 2018. Elle est toujours seule en scène et le public est presque autour, en pointe mais aussi sur les gradins. Une drôle de configuration bien volontaire qui impose à la danseuse de passer partout :  devant, derrière, entre.

La bande-son est quelque part entre Chaplin et les cris des animaux de la jungle. Annamaria Ajmone  se déboîte en muse du burlesque, roule les yeux ronds, mouline. Sa danse qui commence par quatre phrases identiques venant imposer de la force se déploie ensuite comme une lionne. L’espace du plateau devient sa zone, qu’elle dirige et qu’elle maîtrise et qu’elle parcourt en ce qu’elle est, la reine de la jungle. Ce qui a changé en deux ans, c’est qu’elle a grandi. Son geste est plus précis encore, plus fort et le public est beaucoup plus intégré à sa zone de jeu.

Nous quittons l’ADC, la soirée se prolonge à l’où les rois Jeff Mills et Tony Allen ont allié leurs talents pour jouer live The Seed, un acte jazz, afro, techno. Et le festival lui, dure jusqu’à samedi.

Vis Motrix et Trigger sont à voir ce soir à 20h et samedi à 19h à l’ADC, salle des eaux-vives.

Tout le programme d’Antigel

Visuel : © Klaus Fröhlich

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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