Danse
Le rire concentrique d’Alessandro Sciarroni au Festival Séquence Danse

Le rire concentrique d’Alessandro Sciarroni au Festival Séquence Danse

16 avril 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Nous avions laissé Alessandro tournant sur lui-même lors de l’édition 2018 du festival. Depuis il a reçu le Lion d’or à la biennale de Venise pour l’ensemble de sa carrière. Le chorégraphe le plus obsessionnel de sa génération questionne le rire, mais un rire maléfique, dans le très troublant Augusto, à voir au Centquatre avant le 20 avril.

 

Repéré par les initiés aux Rencontres Chorégraphiques de Seine-Saint-Denis en 2013 et son Folk’s jusqu’à l’épuisement, Alessandro Sciarroni a vu le Festival d’Automne lui consacrer un portrait en 2014.  La ligne est toujours la même : aller au bout d’un acte. Pour Augusto le geste est autre puisqu’il questionne le rire.  Le cadre est 100% Sciarroni : un grand aplat blanc sur-lequel vont entrer dans la ronde les neufs danseurs un par un. Le geste est ultra déjà-vu, volontaire. C’est un appel à code : nous sommes dans le champs de vision de la danse contemporaine.  Le cercle va évidement se rompre progressivement et des groupes de danseurs vont se former. Attendu. Mais avec le créateur de Untitled, on sait qu’il faut s’attendre à être saisis.

Et dans ce spectacle complètement fou, la recette fonctionne.

Neufs danseurs, en alternance : Massimiliano Balduzzi , Gianmaria Borzillo, Marta Ciappina, Jordan Deschamps , Pere Jou, Benjamin Kahn, Leon Maric, Francesco Marilungo, Cian Mc Conn, Roberta Racis et Matteo Ramponi vont rire aux éclats. Mais il n’y a rien de plus factice qu’un rire sur commande. L’image est flippante, elle appelle les scènes de torture dans Orange Mécanique, la bouche du Joker et les pratiques SM qui utilisent les chatouilles. La chorégraphie joue le jeu du trouble à plein régime, portée par la musique electro et fine de Yes Soeur!.

La marche qui est devenue course permet des lignes excluantes.  Des accélérations laissent des groupes sur place, un danseur se retrouve à être la risée (Pere Jou), une autre (Roberta Racis) traverse le plateau morte de rire, matée par les autres le visage serré. Sciarroni ose les ensembles en alignant ses interprètes face public pour une danse pieds vissés et hauts des corps très figuratifs : les bras se croisent et se décroisent sur la poitrine, un bras libre vient cacher la bouche, puis les yeux, l’oreille et se lève.. et ça recommence, jusqu’à la chute, bruyante. 

La performance est harassante, les interprètes réussissent cet exploit de rire presque pendant toute la durée de la pièce (une heure). On retrouve là l’une des forces du chorégraphe qui sait frôler l’épuisement dans ses propositions. Il y a deux attitudes possible à avoir face à Augusto : soit on rit avec eux, soit on est figés devant eux. Dans les deux cas, cela fonctionne, il y a une libération dans cet acte fou et assourdissant. Longtemps le son vient uniquement du croisement des pas et des voix. La voix qui ici se déploie étonnamment jusqu’au chant.

Alessandro Sciarroni impose une nouvelle fois son écriture qui développe un langage où l’obsession, l’hypnose et la répétition sont des lignes directrices à chaque fois réinterrogées.

Visuel : ©Alice Brazzit

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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