Danse
Lamenta, le deuil glisse sur la Cour minérale du Festival d’Avignon

Lamenta, le deuil glisse sur la Cour minérale du Festival d’Avignon

08 juillet 2021 | PAR David Rofé-Sarfati

À l’instar des miroloï grecs qui célèbrent l’absent, Lamenta de Koen Augustijnen, Rosalba Torres Guerrero questionne les rituels de deuil de notre monde contemporain. Le résultat est un spectacle qui possède une authentique proximité avec le public.

Le collectif comme croyance

Des montagnes de l’Épire au Péloponnèse, les miroloï célèbrent l’absent. Quand la communauté est quittée par l’un de ses membres – décès, exil, ou simplement mariage – elle chante et danse lors de longues nuits de résilience.

Marqué par la puissance de ces lamentations ancestrales qu’il compare à la musique blues, parce que ce rythme parle de la terre, des racines, de la nostalgie, le spectacle souligne l’importance de travailler les traditions au regard du monde contemporain. Lamenta va construire dans la danse les espaces que nos sociétés inventent pour surmonter la peine et le deuil.

Le collectif comme empilement de l’individuel

Konstantinos Chairetis, Spyridon Christakis, Petrina Giannakou, Lamprini Gkolia, Christiana Kosiari, Athina Kyrousi, Dafni Stathatou, Alexandros Stavropoulos, Taxiarchis Vasilakos sont au plateau. Ainsi, ces neuf danseurs originaires de Grèce créent une micro-communauté pour un marathon de musique et de danse salutaire. Pour extérioriser la tristesse, la frustration, la colère et le deuil ; pour quitter l’intime solitaire et faire retour pour s’intégrer dans la société.

La danse est ultra classique dans le fond et la forme. Dans un geste très régulier en danse contemporaine, elle interroge la répétition du mouvement. Ici, les miroloï sont exploités. L’utilisation des danses traditionnelles dans la grammaire contemporaine n’est pas neuve. Elle a été magnifiée par Alessandro Sciarroni dans Folks, par Christian Rizzo dans d’Après une histoire vraie, ou encore un peu plus récemment par Alexandre Roccoli dans Weaver Quintet.

Sauf que tout est au premier degré, y compris quand sur la fin, le spectacle tente une approche plus dissonante. Cela donne au geste forcement très en frappe, en bras et en dos une allure de fête de village où chacun, danseur ou pas, se lance au milieu.

Néanmoins, il faut saluer la tentative de la troupe qui par son implication et par des à-peu-prés intentionnels trace le graphe du collectif comme un empilement harmonieux/dis-harmonieux du collectif. Le spectacle offre tout de même à la sphère traditionnelle de décrocher dans un écriture un peu plus moderne et fabrique par ces coupures et dissonances un langage authentique qui émeut le public.

Photo © Héloïse Faure

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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