Danse

La représentation des femmes dans les ballets romantiques

La représentation des femmes dans les ballets romantiques

08 mars 2012 | PAR La Rédaction

Plus que tout autre période du ballet, le ballet romantique représente aux yeux de tous la conception même du ballet. A travers ses chefs-d’oeuvres qui ont traversé les âges Le Lac des cygnes, Casse-noisette, La Bayadère, Giselle, il est l’exemple même de la grâce et de la légèreté. Il apparaît suite au ballet “classique” du XVIIIème siècle et délaisse les thèmes de la mythologie gréco-romaine pour la mythologie nordique peuplée de trolls, d’elfes, de gnomes ; mais aussi, il se perfectionne techniquement et met les danseuses et par définition les personnages féminins au centre de l’oeuvre, les hommes semblant ne plus être que des faire-valoir à la légèreté et l’agilité des danseuses étoiles (terme de l’Opéra de Paris, apparu à la fin du XIXème siècle). Mais comment sont-elles représentées ?

Cette mise sur un quasi piédestal de la danseuse de ballet s’harmonise autour d’une idée simple : les femmes sont représentées par l’affect. Bien sûr cela est visible à travers les ballets qui prennent directement leurs inspirations à travers des contes bien connus de tous (La Belle au bois dormant ou Cendrillon, Petipa) mais aussi dans les livrets plus originaux, tels que Giselle de Jules Perrot et Jean Coralli, chef-d’oeuvre du genre, oeuvre dans laquelle Giselle, paysanne fragile et éprise d’un jeune homme (le prince Albrecht) qu’elle croit éperdument amoureux, s’effondre lorsqu’elle apprend que ce dernier lui a caché son identité et est en réalité déjà fiancé à la fille du duc de Courlande. Les ballets romantiques montrent des femmes en proie à des pulsions, mises en scène pour leurs coeurs fragiles et leurs différents états psychologiques qui, suivant l’histoire, influencent leur comportement. Un distingo strict s’opère alors entre les hommes, valeureux, cavaliers ou salvateurs, qui sont action ; bien que n’étant pas au centre de l’histoire et des chorégraphies (à cette époque et encore aujourd’hui beaucoup de personnages masculins sont joués par des femmes ou des danseurs d’une technicité inférieure ; ce qui n’arriverait jamais avec le premier rôle féminin qui est réservé à une danseuse étoile) ; tandis que les femmes sont sentiments, affection, attente. Faut-il aller chercher les raisons du coté de la psychanalyse, en expliquant (a posteriori) qu’il s’agit ici de représenter des femmes/mères qui sont amour et tendresse, prêtes à se sacrifier au moindre épanchement sentimental ; alors que les hommes eux sont une autorité paternelle qui garde en retrait ses émotions ? Sans doute pas, bien que les adeptes d’une telle explication trouveront bon nombre d’exemples pour étayer leur thèse. Il s’agit surtout de puiser dans l’(in)conscience collective des archétypes admis de tous : par exemple Pénélope, qui attend vingt années durant Ulysse qui viendra la sauver de ses prétendants dans L’Odyssée. Elle est d’une certaine manière l’icône et la figure de proue de toute une descendance de personnages féminins (des contes, des tragédies ou des romans). Ne jetez pas la première pierre sur Homère, c’était un génie et aveugle de surcroît ce qui serait déloyal, les raisons sont culturelles, sociétales. Lors de l’exposition ELLES au centre Pompidou une oeuvre mettait notamment en lumière que près de 97% des oeuvres de nu artistique représentaient des femmes ; alors que les femmes artistes ne représentaient qu’une infime partie des artistes exposés dans les musées nationaux. Encore et toujours les femmes sont un objet de contemplation et les ballets romantiques ne dérogent pas à cette règle. Même plus tard alors que les mouvement des suffragettes est en plein essor en Europe la figure tutélaire des femmes comme objet de contemplation et caractérisées par leur pusillanimité face à leurs sentiments reste de mise dans les premiers ballets contemporains ; cela dit, en 1946 Roland Petit crée le ballet Le Jeune homme et la mort qui met en scène un amoureux attendant sa belle, et lorsque celle-ci arrive finalement le pousse à se suicider. Une fois de plus, il ne s’agit pas de montrer et dénoncer un machisme dans les ballets classiques ou contemporains de la part des chorégraphes ou auteurs de livrets, mais juste d’analyser et de constater que nombreux sont les ballets qui reposent sur des archétypes et des figures séculaires.

Kylhian Hildebert

Visuel :Robin Cornwell (c)Tom Hauck

 

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La Rédaction

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