Danse
La puissance et la fragilité du corps à l’Atelier de Paris

La puissance et la fragilité du corps à l’Atelier de Paris

19 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Pour la Swiss Dance Week, l’Atelier de Paris a présenté le 18 octobre deux solos de danse impressionnants qui ont mis en lumière toute la puissance et la fragilité du corps humain. Chacun dans sa spécificité, L’albâtre de Clara Delorme et ARIA de Jasmine Morand ont exploré ce paradoxe. 

Corps de porcelaine

Clara Delorme a ouvert la soirée avec L’albâtre, court solo de quinze minutes se jouant sur un carré blanc et dans le silence. La danseuse se déplace lentement et trace des mouvements précis dans le petit espace délimité sur la scène. Bien que l’interprète soit entièrement nue, une grande pudeur se dégage de cette danse qui présente un corps humain en pleine transformation.

La danseuse se tend, se tord, et les mouvements des bras et des jambes qu’elle effectue transforment son corps en un corps animal. Entre l’insecte et l’oiseau, Clara Delorme impressionne par le côté dur renvoyé par son visage et ses mouvements parfaitement orchestrés, un contraste saisissant avec la grande fragilité qui transparaît de son corps exposé. 

La puissance et l’épuisement

ARIA est un solo chorégraphié par Jasmine Morand et dansé par Fabio Bergamaschi. Une chorégraphie inspirée de la course d’automobile où le danseur apparaît d’abord tout en muscles en fond de scène, prenant lui aussi une forme animale étrange. Il s’approche pour récupérer son casque avec lequel il va danser un duo entre attirance et répulsion. Avec comme principal bruit de fond celui de quatre ventilateurs, le spectacle propose des ruptures et montre un corps dans des états contrastés. A la fois fragile et puissant, rapide et lent. 

Assis sur une enceinte, le corps de Fabio Bergamaschi tourne sur lui même pendant que le danseur s’asperge le casque et les membres de peinture en spray dorée. Une tentative de statufication qui montre toute la gloire qu’apporte le dépassement de son propre corps. Cependant l’apparition sur scène d’une petite voiture télécommandée déjoue ce moment de splendeur. Une voiture pilotée à distance qui fonce dans le casque et le bouscule, aussi facilement que ça. Dans ce moment de bascule, on comprend toute la futilité de la course effrénée à laquelle prend part l’être humain, parfois contre lui même. 

Fabio Bergamaschi finit par chanter une comptine italienne dans son casque tenu sur l’épaule, presque une extension de lui-même. Il s’agit de « La Casa » de Sergio Endrigo, une chanson qui parle d’une belle maison dans laquelle on ne peut pas entrer car il n’y a, notamment, pas de plancher. Recroquevillé sur lui-même, il ne reste plus rien de la gloire passée. 

Deux très belles propositions à l’Atelier de Paris pour ce partenariat avec le Centre culturel Suisse, deux moments en apnée où le corps humain s’est vu exposer avec toutes ses contradictions.

Informations pratiques :

Pour plus d’informations sur la programmation de la Swiss Dance Week, à l’Atelier de Paris et au Théâtre Berthelot Montreuil, cliquez ici

Visuels : ARIA ©Céline Michel et L’albâtre ©Philippe Weissbrodt

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Adam Defalvard

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