Danse
L.A. Dance Project 2 au Théâtre du Châtelet : explorer les possibles

L.A. Dance Project 2 au Théâtre du Châtelet : explorer les possibles

11 mars 2014 | PAR La Rédaction

Du 5 au 9 mars, la jeune compagnie américaine de Benjamin Millepied revenait à Paris nous présenter quatre chorégraphies novatrices et atypiques.

Benjamin Millepied, ancien danseur étoile du New York City Ballet, promis à la direction de la danse de l’Opéra National de Paris en octobre prochain, est aussi et avant tout directeur de la compagnie L.A. Dance Project. Très remarqué l’an dernier sur une programmation regroupant des ballets de William Forsythe, Merce Cunningham et deux créations de Millepied, le petit groupe de huit danseurs revenait à Paris pour une semaine au Théâtre du Châtelet, le temps de dynamiser le champ et de nous en montrer les possibles.

Mettant à l’honneur des artistes d’horizons divers, Benjamin Millepied se révèle aussi bon programmateur que chorégraphe. Le spectacle se divise en quatre propositions, respectivement d’Emanuel Gat, d’HiroakiUmeda, de Benjamin Millepied et de Justin Peck. Après chaque ballet, un entracte ou une pause nous offre le temps d’absorber l’univers perçu, d’imprimer dans nos têtes les spécificités de chaque monde, de chaque danseur, avant de passer au suivant. Choix périlleux toutefois, car la concentration de la salle tend à pencher à chaque nouveau début. L’illusion rompue après chaque ballet confère à la salle du Châtelet une importance capitale : la lumière ne cesse de se rallumer, les spectateurs ont le loisir d’observer l’architecture du théâtre « à l’italienne », dont le style classique contraste avec la modernité des propositions artistiques sur scène.

Si l’insertion d’entractes et de pauses incite à bien séparer les quatre chorégraphies, plusieurs fils conducteurs sont cependant tirés entre chaque œuvre. L’ensemble forme une très belle proposition, un manifeste pour une modernité inspirée des techniques de la danse classique, et puisant son énergie dans le métissage artistique.

Pour les quatre chorégraphes, la danse doit en effet puiser dans les autres domaines, s’ouvrir à tous les horizons. Le décor devient dans « Murder Ballades » de Justin Peck le lieu d’une passerelle entre les arts : conçu par l’artiste contemporain Sterling Ruby, il est composé d’un monumental patchwork aux couleurs vives, jolie image de l’assemblage et de la fusion des arts imaginés par la compagnie.Dans « Peripheral Stream »d’HiroakiUmeda, les danseurs sont des silhouettes noires se détachant sur des projections lumineuses – façon pour le chorégraphe japonais de s’affirmer dans une proposition proche de la performance. La recherche s’étend chez Emanuel Gat aux choix de bandes sonores : ses danseurs se meuvent en silence comme sur un monologue du Krapp’s Last Tape de Samuel Beckett. Justin Peck, quant à lui, fait appel à Bryce Dessner pour apposer une composition originale sur les mouvements de ses danseurs.

Dans chacune de ces propositions, la recherche et l’expérimentation sont mises à l’honneur, mais toujours dans une volonté de ne pas rompre avec les enseignements de la danse classique. Avec « Closer » de Benjamin Millepied, le pas de deux se revisite sur une musique de Philip Glass, en tenue de nuit, et dans l’intimité de la danse de couple. La salle est comme hypnotisée par la beauté des deux danseurs invités par la compagnie, Céline Cassone et Alexander Hille, qui font preuve ensemble d’une grâce et d’une précision remarquables.

Tout cela forme un véritable manifeste : l’hybridation générique, apte à ouvrir grand le champ des possibles, nous apparaît comme l’avenir même de la danse. Celle-ci n’est alors plus seulement danse, mais s’allie aux arts visuels, à la performance, à l’art contemporain, pour créer une expérience sensorielle totale, capable de toucher au-delà des frontières. Ce qui ne cesse de s’affirmer enfin au fil des chorégraphies, c’est avant tout ce plaisir de l’exploration, cette joie de l’art qui parvient à faire exploser les frontières dans les richesses du collectif.

Visuel : (c) service de presse Théâtre du Châtelet

Justine Granjard

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