Danse
Johanny Bert et Loïc Touzé, la beauté se niche dans le détail au Festival d’Avignon

Johanny Bert et Loïc Touzé, la beauté se niche dans le détail au Festival d’Avignon

12 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le programme 2 de Vive le Sujet !, ce rendez-vous toujours passionnant, collaboration entre le Festival et la SACD, nous fait passer par la marionnette, le jazz et la danse. Une bombe.

 

Cela fait déjà longtemps que nous vous parlons de Johanny Bert, que ce soit pour les tout-petits avec son Petit Bain ou en manifeste anti-homophobes avec Hen, le mec a révolutionné l’art de la marionnette. Et le voilà ENFIN au Festival d’Avignon, dans le lieu si adorable du Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. Et autant dire que dans l’histoire des Sujets, beaucoup se sont emparés du lieu, jouant jusque dans les fenêtres, mais jamais personne n’avait eu cette idée folle, mais folle (tu es trop fort Johanny, c’est irritant !) de réaliser le lieu en maquette miniature. Voici donc à gauche l’arbre, à droite la vierge et son bébé. Alors on s’attend à tout, et c’est bien au-delà d’un tout.

La pièce s’appelle Làoùtesyeuxseposent et c’est ça qu’il se passe. Là, un déracinement, des oiseaux, des mini éléphants, bientôt une poupée gonflable, la vierge atomisée…  Tous les objets sont de la récup’ d’anciens spectacles et cela donne une œuvre 100 % d’aujourd’hui où les mouvements répondent au saxophone augmenté de Thomas Quinart, en kilt et plein de jouets ! Finalement, qu’est-ce qu’un corps demande la pièce ? Bien plus que de la peau, ça c’est sûr.  Et que reste-il de nous après que la terre ait brûlé à plus de 50° ? Une première femme peut-être qui reconstruira le tout, car il faudra bien jouer à nouveau.

Après un nettoyage de plateau très performatif (bravo les équipes !), on reste dans la sphère très hype et très contemporaine avec Loïc Touzé. Comme toujours chez l’ex-directeur des Laboratoires d’Aubervilliers, le geste est rare, il est lent et il est plus complexe qu’il n’y parait. Petit trafic est pour une fois une rencontre entre deux artistes de même univers. David Marques et Johann Nölhes sont tous les deux danseurs. Et ils vont, aidés de Loïc Touzé, poser un exercice de style autour de la chaise. Tous les deux sont en chaussons de gym, en short, l’un en chemise, l’autre en tee-shirt. Touzé passe en pantalon chic rose pâle. La pièce a tout d’une performance à voir dans un musée. Elle fait référence à une histoire : 1959 à Los Angeles, Jacques Tati et Buster Keaton se rencontrent pour la première et dernière fois. Ils passent quatre heures ensemble et partagent des exercices autour d’une chaise. Là, pas d’improvisation, c’est très écrit. Les chaises deviennent une falaise, une prison, un insupportable grincement. Et leurs visages, dans un geste burlesque, ne dérident jamais. Pointu.

Jusqu’au 13 juillet à 18 heures. Durée 1h10. Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph

Visuel : Làoùtesyeuxseposent, Johanny Bert, 2021 © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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