Danse

Jérome Bel fait rire le théâtre de la Ville

21 mai 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Du 18 au 20 Mai, Jérôme Bel présentait au théâtre de la Ville une œuvre qui marqua magistralement la fin des années 90, The Show must go on, créée en 2001. Reprise aujourd’hui par des artistes de ballet –celui de l’Opéra de Lyon– issue d’une tradition aux antipodes de cette esthétique radicale, la création du chorégraphe continue de faire débat.

Depuis qu’il s’est introduit sur la scène chorégraphique, Jérôme Bel s’amuse à démonter pièce après pièce, les fondamentaux de la danse, jusqu’à découvrir le degré zéro de l’acteur-danseur. Le chorégraphe repart du début, du corps, de l’espace et du temps, qu’il traite dans leur pure littérarité, comme un manifeste minimaliste, il pose un regard sur l’art et donne à la danse un nouveau statut.

Il harponne le spectateur par la surprise d’un non-lieu spectaculaire, une chorégraphie « sans danse », interrogeant les notions d’auteur et d’interprétation, la valeur de la performance ainsi que la rupture entre beaux-arts et divertissements, soit des questions majeures qui ont traversé le XXème siècle.

The Show must go on, ce titre aux intonations volontaires sonne t-il la victoire revancharde du spectaculaire ? Est-ce une invitation lancée au public ? Un détournement de hit commercial planté dans le pré-carré de la culture ? Une provocation ? Peut-être tout à la fois. Sur le plateau, une vingtaine d’interprètes en jeans-baskets, se trémoussent sur des airs pop-rock des dance floor, des Beatles à David Bowie en passant par Céline Dion, et le public en redemande, hilare.

Aussi, la réussite du pari de Jérôme bel ne peut marcher qu’avec une salle réceptive qui se laisse aller au rythme des vieux tubes et autres bluettes sentimentales, chantant et dansant depuis leurs fauteuils. La question n’est plus de savoir pourquoi le chorégraphe prend un tel contre-parti mais si réellement ou non son travail peut se ranger dans la rubrique « danse ».

A la sortie du Théatre de la ville, le public est partagé, les plus intellos prônent un art chorégraphique capable de se passer quasiment de mouvement dansé et une pièce conceptuelle. Les plus enjoués ont l’impression de sortir de boite tandis que les scandalisés sont déjà partis avant la fin.

Jérome Bel est surprenant, on ne peut le nier, et non dénué de fantaisie et d’humour. Mais ce qu’il propose à son public relève davantage d’un show comique que d’un ballet chorégraphique, la performance est poussée tellement loin qu’elle en perd sa dimension artistique se transformant en une comédie musicale  façon Brodway.

http://www.theatredelaville-paris.com

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