Danse
Hofesh Shechter explore sa dualité au Châtelet

Hofesh Shechter explore sa dualité au Châtelet

11 octobre 2021 | PAR Lucas Liberati

Jusqu’au 15 octobre, Hofesh Shechter présente avec Double Murder un double spectacle au Châtelet entre pitreries horrifiques et retour en enfance.

Clowneries sauvages

En maître loyal, un danseur ouvre le bal d’une liesse du retour à la scène sur le Can-Can d’Offenbach. Après les pirouettes de la troupe, le vrai spectacle commence avec les mêmes costumes délurés mais une ambiance moins euphorique pour un cadre plus inquiétant. Sur un son métallique évoluent les clowns à l’allure dégingandée. Les gestes sont saccadés, on distingue les rôles du cirque qui s’élancent sur la piste. Entre unisson et apartés tragicomiques, les clowns rieurs et tristes cultivent les répétitions de phrases macabres : la mort fictionnelle est au cœur. Entre fausse décapitation et mise en joue avec les doigts. Les corps des danseurs meurent et se relèvent en cadence. De plus en plus animal les clowns mutent en bête de foire et ralentissent le rythme, les sourires se crispent et l’ambiance se fait pesante. Dans ce freak show, les pas des danseurs dégagent une folie douce, quand les clowns se croisent la rivalité laisse place à la connivence de façade pour mieux piéger son camarade de piste. Et il est difficile de distinguer le clown blanc de l’auguste quand le chaos vient habiller la scène et noircir le sourire du clown.

La fin de la représentation sonne pour les clowns et l’entracte pour les spectateurs qui à leur retour vont retrouver des costumes bien plus sobres quoique colorés et un climat apaisé.

Régressions en toute méticulosité 

The Fix, nouvelle création de Shechter prend toute sa puissance dans la lenteur donnant une respiration à la frénésie de Clowns, si la rage est toujours présente en sous-texte aux départs notamment à travers des cris muets, elle se drape de ralentis. L’unisson aux lueurs pastel amène une fluidité aux corps mouvants. La rencontre chamanique sur des airs de guitare orientale coupant une musique atonale est méditative et pousse les danseurs dans une transe enfantine, redécouvrant la marche, les autres, la vie en société. C’est la douceur de l’enfance qui nous revient à travers l’impression de spontanéité dans l’intention des danseurs, la régression est totale mais parce que collective, pas mièvre. Elle est invite à la reconnexion à l’autre dans la paix. Cette lenteur vient souligner la méticulosité du geste des danseurs tous accordés, l’onde candide et fragile vient se terminer dans le public avec une séance d’accolade à travers le public qui vient refermer en douceur cette parenthèse de sérénité graphique. 

Double Murder d’Hofesh Shechter au Théâtre du Châtelet jusqu’au 15 octobre. Informations et réservations

 

Visuel : Service Presse du Châtelet © Todd MacDonald

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