Danse

Future Memories, Jirí Kylián entre ombre et lumière au théâtre des Champs-Elysées

Future Memories, Jirí Kylián entre ombre et lumière au théâtre des Champs-Elysées

23 septembre 2014 | PAR Christophe Candoni

Au Théâtre des Champs-Elysées, les TranscenDanses s’ouvrent sur un somptueux programme regroupant trois pièces de Jirí Kylián dansées par le Ballet national de Norvège. Bella Figura, Gods ans Dogs et Symphonie des Psaumes donnent une large étendue du geste tout en clair-obscur du chorégraphe tchèque qui dédie sa danse poétique et sensuelle à la beauté du corps et la pureté du mouvement. 

Quand la danseuse Maiko Nishino se débat gracilement prise au piège dans l’étroite étreinte du rideau noir de scène, c’est aussitôt le spectateur qui est happé avec elle par les sortilèges de l’art. Ainsi commence Bella Figura, premier voyage magnifiquement apaisé et vécu comme un moment hypnotique et suspendu. La pièce met en scène les corps irradiants et dévoilés des danseurs, silhouettes presque « bauschiennes », étirées et ondulantes, sexe indifférencié, torses nus et jambes couvertes par de longues jupes bouffantes écarlates, qui se consument telles des torches vives sur l’incandescent Stabat Mater de Pergolèse. Plus tard, plongée dans la pénombre menaçante du très crépusculaire et tourmenté Gods and Dogs, la même chair paraît plus âpre et brute. L’atmosphère anxiogène de cette pièce plus récente rompt avec la superbe solennité de la première tout en conservant sa puissance et son mystère.

Très contrastées donc, les deux pièces mettent en avant le geste tout autant essentialiste et enflammé, à la fois sculptural et organique, de Kylian et son amour pour une esthétique hyper léchée qui envoûte assurément. Tel qu’on le voit dans l’impressionnant solo de Gakuro Matsui, sa danse est une expression intime, un combat avec l’être, sa condition, son intériorité. Sans phare ni artifice sur le grand plateau vide, elle requiert autant de virtuosité technique qu’elle exploite les failles et la vulnérabilité de ses interprètes magnétiques dans leur mise à nu.

Après un second entracte, la troisième pièce, Symphonies des Psaumes, simplement intitulée du nom de la pièce musicale de Stravinsky qui l’accompagne, témoigne de la profonde spiritualité de l’artiste. Pourtant, elle paraît presque de trop au programme car même joliment dansée par la compagnie qui saisit l’occasion de s’afficher en nombre (16 danseurs sur le plateau), elle n’a pas la force expressive et la fulgurance des deux œuvres qui la précèdent.

Infos pratiques

Théatre Gérard Philipe
Comédie saint michel
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