Danse
Fouad Boussouf dans le rythme d’Oum Kalthoum aux Hivernales

Fouad Boussouf dans le rythme d’Oum Kalthoum aux Hivernales

23 février 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Découvert en juillet lors de la session estivale des Hivernales, le très dynamique chorégraphe présentait hier en clôture de la 42e édition, Oüm, une pièce à l’énergie contagieuse.

Cette pièce est le troisième volet d’une trilogie sur le monde arabe, commencée en 2013 avec Transe et poursuivie par Näss en 2018. Il s’agit d’un hommage à plusieurs voix. La diva Oum Kalthoum et par elle, les textes de l’écrivain médiéval Omar Khayyam. Cette pièce est également un hommage aux chorégraphes qui travaillent la danse folklorique comme un matériau contemporain. La lumière dorée qui surgit de derrière le rideau de fils qui,  en fond de scène,  fait onduler les ombres,  nous entraîne à la fois dans Sun d’Hofesh Shechter, tout Ohad Naharin et Une histoire vraie de Rizzo. Pas de plagiat ici, plutôt une filiation. 

Cette pièce est une fête, et Boussouf a un défaut, il veut tout dire. Et vous savez quoi ? On lui pardonne. Il y a tellement de technique ici, tellement de bonheur de danser, tellement de beauté, que,  oui,  on pardonne quelques motifs trop vus comme l’isolation d’un danseur pendant que les cinq autres font corps commun ou l’utilisation de la techno comme battement de cœur. 

Tout commence pour le coup avec un vrai geste neuf, qui vaut pour lui seul tout le spectacle. Une danseuse de dos, face au mur de fils, offre une flexibilité d’épaules et de nuque comme si elle était possédée par le poème qui est récité.  Ce poème est extrait des Quatrains d’Omar Khayyan qui dit : « (…) Il vaut mieux pour ce cœur de battre. Et dans les flammes de l’amour de brûler. Quelle perte le jour que je passe sans que je n’aime et sans que je ne m’éprends. Réveille-toi ombre légère voilà le milieu de la nuit. Abandonne le sommeil et fais la cour aux cordes. Le sommeil n’a jamais allongé une vie. Et les longues veillées ne l’ont jamais raccourcie (…) ». Dalida n’est pas loin.

Au plateau Nadim Bahsoun, Sami Blond, Mathieu Bord, Loïc Elice, Filipa Correia Lescuyer et Mwendwa Marchand partagent l’espace avec deux musiciens : Mohanad Aljaramani (percussion, oud, chant) et Lucien Zerrad (guitare, oud). La danse ne choisit pas entre orientale, hip-hop et contemporaine. Les cambrures sont puissantes, les nuques mobiles, les jets d’épaules entraînent dans leur attraction vers l’arrière les jambes qui s’arquent. 

La très belle lumière nous entraîne dans des palais roses, dans un pays lointain comme dirait Lagarce. Car que font ces gens ensemble ? Qu’ont-ils à se dire, tous habillés comme des banquiers en costard, mais en chaussettes? Boussouf nous amène en ville en réalité, dans la rue où le son des dafs donne le tempo. Et du tempo ces artistes-là en ont à revendre. 

Oum est une pièce généreuse, libératrice et sensible. Si sa structure laisse à désirer dans les transitions, cette image de début et plus loin un solo en contre-jour, qui semble ressusciter Jackson,  ne donnent qu’une envie : se lever, applaudir très fort Boussouf et souhaiter le revoir vite. Ce chorégraphe a tout d’un immense, à suivre de très très près.

Visuel : ©Charlotte Audureau

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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