Danse

Fin de saison au Théâtre de la Ville : dernier hommage à Pina Bausch

Fin de saison au Théâtre de la Ville : dernier hommage à Pina Bausch

27 juin 2011 | PAR Alienor de Foucaud

Pour clôturer la saison 2010/2011, le Théâtre de la Ville rend hommage à la grande dame de Wuppertal en invitant sa compagnie du Tanztheater. En 2009, tandis que la chorégraphe vivait ses derniers jours, elle créa une pièce à son retour du Chili, « … como el musguito en la piedra, ay si, si, si… » empruntant au chanteur Victor Jara – à qui la dictature chilienne avait coupé les mains pour qu’il ne puisse plus faire l’amour à sa guitare – des paroles disant à elles seules la douceur de la mousse sur la rugosité de la pierre : Deja la vida volar (Laisse voler la vie).

Le 30 juin 2009, Pina Bausch s’est envolée, quittant brutalement la scène de la vie. Elle laissa tout de même à ses danseurs le parfum d’un ultime voyage au Chili. Pays de mineurs, le Chili a été un pays de dictateurs, celui du général Pinochet, mais aussi de grands poètes qui criaient haut et fort leur haine du fascisme. Le Chili est le pays des pulsations de corps fragiles et meurtris. Qui mieux que la danse pour transformer cette matière première en diamants ? Qui mieux que Pina Bausch pour ramener à la surface du geste des blessures enfouies, des peurs occultées, des désirs refoulés ?

Ne s’est-il pas agi pour Pina d’expurger tout un passé douloureux de l’Allemagne, en travaillant au corps les lâchetés humaines, dans Café Muller ? Pour sa dernière création, la chorégraphe reprend ses leitmotivs habituels : des femmes en robes longues et aux chevelures libres agrémentent le tableau, leurs cheveux tournoient et éclaboussent, leurs robes froissées traînent dans l’eau et leurs gestes fendent musicalement l’air. Célébration du corps tout en mouvement au travers de solos éblouissants où les danseurs se laissent aller à des épanchements mélancoliques. On y retrouve une parole libérée et drôle ainsi que l’élan vertigineux de Dominique Mercy, ange bond vieillissant, flottant sur le poids de souvenirs.

Pina Bausch transfigurait ce qu’elle touchait, les corps et les gestes, la masculinité des hommes et la féminité des femmes, l’espace et le temps. Les spectacles de Pina puisent leur force communicatrice dans la méditation sur des pensées et des sentiments communs à tous. A travers ces pérégrinations, Pina Bausch vise l’expression d’une seule et même histoire.

Pendant une dizaine de jours, le Théâtre de la Ville accueille une œuvre inédite de Pina Bausch. Ce qui à compter d’aujourd’hui ne sera plus jamais possible. « Il y a un temps pour tout, et notre tristesse sera sans recours » nous livre Emmanuel Demarcy-Mota, actuel directeur du théâtre. « Mais tant que ses danseurs, que sa compagnie, que ceux qui l’aimaient seront là, tant qu’elle est encore si proche, bien que sur l’autre rive, notre tristesse se changera en joie. »

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