Danse
Festival ZOA : « Jeudi » de Katalin Patkaï et « Sa prière » de Malika Djardi

Festival ZOA : « Jeudi » de Katalin Patkaï et « Sa prière » de Malika Djardi

15 octobre 2014 | PAR Camille Lucile Clerchon

Pour sa troisième édition, du 4 au 10 octobre 2014 , ZOA, Festival de danse contemporaine et de performances a investi Micadanses, lieu de soutien, de promotion et de développement de la danse, en plein Marais. Dirigé par Sabrina Weldmann, le festival affirme cette année une programmation presque exclusivement féminine. On aura pu y voir Garance Dor et Valentina Fago, Eva Klimackova, Mohamed El Khatib, Katalin Patkaï, Muriel Bourdeau et Malika Djardi.

La figure maternelle s’érige comme un motif récurrent dans les œuvres : Tentative pour être une femme mère de Garance Dor et Valentina Fago est une vraie/fausse conférence conçue à partir de matériaux autobiographiques sur la maternité. Dans MOVE, Eva Klimackova explore le corps en perpétuelle mutation et représentation (notamment genrée), pour une pièce sous forme d’un dyptique créé au cours de sa grossesse. Avec Finir en beauté Mohameb El Khatib présente une « fiction documentaire » sur la mort de sa mère. Malika Djardi danse sur une interview de sa mère, qu’elle a elle même réalisée (Sa prière). Les six pièces au programme contiennent, chacune, à leur manière, cette dimension politique des parcours individuels et des paysages intimes. Un fil rouge passionnant nourrit par des œuvres ouvertes à différents champs artistiques : danse, performance, arts plastiques.

Jeudi de Katalin Patkaï

Jeudi, ou une nouvelle genèse qui s’épanouit dans la relation entre deux êtres. Katalin Patkaï nous entraine dans un monde clos, insulaire peut être, à l’ombre d’une grappe de projecteurs et y explore les potentialités de deux corps qui se dissocient, se découvrent puis se reflètent. Elle fait preuve de ce talent déjà remarqué dans sa précédente pièce, MILF, pour transformer un échafaudage métallique en d’insoupçonnés paysages imaginaires. Ici, il peut devenir une canopée, entre fraicheur, moelleux et vertige, terrain de jeu où s’ébattent nos deux figures, incarnées par Justine Bernachon et Katalin Patkaï.
Les corps sont nappés de glaise, terre brune et terre bleue. On pourrait revoir la pièce, pour n’y regarder que la poésie des textures qui évoluent : matière, lumière et couleur qui travaillent les traces laissées sur les corps et sur le plateau par ce qui s’y passe, nos impressions.
Et même si le traitement du temps n’est peut être pas assez radical, hésite entre étirement et déroulement, même si il y a peut être un peu d’anecdotique dans certaines situations et même si les parcours si différents des deux danseuses peinent parfois à s’équilibrer, Jeudi nous rappelle à la nostalgie des instants libres, fugaces et veloutés.
Le tout étant relevé, comme il se doit, d’un soupçon d’impertinence ironique.

Sa prière de Malika Djardi

Malika Djardi a clôturé en beauté et en émotion le festival Zoa, avec la pièce Sa prière.
La pièce est construite à partir d’une discussion, enregistrée, entre la mère et la fille. Les questions de la fille ont été coupées et le récit de la mère évoque sa foi dans l’Islam, son choix de devenir musulmane, mais aussi la vie conjugale avec son mari, la vie quotidienne et le temps qui passe. De cette parole nait la partition chorégraphique de la danseuse : précise, engagée, impeccable, la danse de Malika Djardi touche à la complexité du rapport entre parcours individuel et transmission familiale. Elle incarne un engagement à la fois simple et puissant, dans la foi pour l’une, dans la danse pour l’autre puis plus largement dans l’existence, avec cette évidence propre au réel.
Car Sa prière pulvérise l’anecdotique, le circonstanciel mais s’appuie sur le vrai de ces confidences sur un coin de table de cuisine, sur la résonance familière d’un tube de Rihanna, sur une physicalitée franche et radicale de la danse pour aller dénicher l’émotion profonde, primordiale.

Sans doute la plus belle manière de clore un festival qui dessine, chaque année, une Zone d’Occupation Artistique dans laquelle il est toujours aussi enthousiasmant de se retrouver.

Visuel : (c) DR

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