Danse

Festival Latitudes Contemporaines : Alain Buffat étale les pas glissants du Baron samedi sur une grande toile blanche

13 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

Dans le cadre de l’édition 2012 du Festival « Latitudes Contemporaines », le spectacle « Baron Samedi », créé dans le fief Nîmois du chorégraphe Alain Buffard prend d’assaut le chatoyant Opéra de Lille. Une fable mi-grimaçante, mi-magique sur l’identité, portée par la musique Kurt Weill et de formidables performers.

Pendant près d’une heure, les danseurs internationaux du nouveau spectacle de Alain Buffard habitent chacun plusieurs personnages questionnant l’identité. Celle-ci semble glisser d’une langue à l’autre (ils parlent aussi bien Zoulou que Français, Anglais, Brésilien et surtout Allemand. Babel commence donc avec la voix rauque de la danseuse Suadafricaine Hlengiwe Lushaba sur du Kurt Weill, grand maître de cette cérémonie. « Trouble Man », du musical « Lost in the stars ». L’obscurité règne pendant ce premier tour de chant assez grave, avant que la lumière ne révèle, étendue sur les 2/3 scène, une grande toile blanche qui semble faire glisser vers le public les pas grimaçants de ses danseurs. Habillés en arlequins mondialisés, ceux-ci dévalent vers la salle, tandis-que sur le côté, Sarah Murcia et Seb Mertel s’occupent de l’instrumentation. Les chansons s’enchainent pendant une heure, paroles de Brecht, Anderson ou Nash et musique de Weill exprimant par morceaux les affres de l’identité. Parfois de longs blancs sonnent comme des respirations entre deux grimaces ou deux catastrophes. Et les danseurs bougent leurs corps en petits mouvements saccadés, souvent même sous hauteur d’homme, comme le bûto, mais à hauteur d’animal, remontant à quatre pattes le plan incliné et blanc de la scène qu’ils dévalent au mieux sur les fesses, et au pire sur les genoux.

Pour le public, il est difficile de passer d’une langue à l’autre, de saisir vraiment qui chante et quand. C’est peut-être parce qu’il n’y a pas véritablement de message à souligner dans cette fable pleine de folies, d’ellipses et de crépitements. Et pourtant, « Baron Samedi » marque le public. Par la violence des rapports entre les danseurs, les associations libres sur l’idée de domination et d’esclavage, qui surprend face au caractère parfois sacré de certaines incantations. Il y a également un autre contraste: la tristesse des chansons de Kurt Weill et en final, le grand rire franc de l’homme face à l’absurde du monde. « Baron samedi » est un spectacle que l’on emporte avec soi et que l’on continue à mûrir, après que le rideau soit tombé.

Pour la première, mardi 12 juin 2012, le spectacle a été suivi par un « instant critique » en présence du chorégraphe, du critique François Frimat et de la directrice du Musée d’art moderne, Lille Métropole, Sophie Lévy. Alain Buffat y a confié la colère qui est à la racine de son art: « Il y a des choses qui dans notre chère république française et plus généralement dans le monde qui ‘ont meurtri ». Et comment, avec la force de vie de sa troupe, il a transmué cette colère en mouvement. Le chorégraphe a rendu hommage à ses performers, aussi géniaux dans la danse que dans le chant, et a raconté la chaleur et la joie des répétitions à Nîmes, où les enfants des participants étaient toujours bienvenus en auditeurs de choix.

Ce soir, vous pouvez encore voir « Baron samedi » à l’opéra de Lille, et le festival latitudes contemporaines continue dans la métropole lilloise jusqu’à samedi prochain (tout le programme, ici). réservez-vite.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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