Danse

[Festival d’Avignon] « Soft virtuosity, still humid, on the edge » :  Marie Chouinard fait marcher la violence

[Festival d’Avignon] « Soft virtuosity, still humid, on the edge » : Marie Chouinard fait marcher la violence

18 juillet 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Pour la première fois, le Festival d’Avignon invite la chorégraphe québécoise Marie Chouinard. Celle qui a déjà amené un spectacle aux Hivernales en 2016, a fait marcher sa troupe sur le plateau de la cour du  lycée Saint Joseph qui avait accueilli il y a quelques années Fase d’Anne Teresa de Keersmaaeker. De lignes fracturées en ruptures de rythme, les filiations sont là.

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Marie Chouinard est ce que l’on peut appeler une star. Elle danse depuis 1978 et a sa propre compagnie depuis 1990. Bardée de prix, elle dirige un centre qui porte son nom à Montréal. Son travail se centre sur la marche et sur l’intégration des innovations numériques. Soft virtuosity, still humid, on the edge créé il y a un an au Colors International Dance Festival de Stuttgart a donc connu sa première française ce soir à Avignon. Celle qui appareille régulièrement ses danseurs de béquilles a choisi ici de développer leurs drames. Ils entrent en scène en marchant et leur marche est boiteuse. Ils ont l’allure de malades atteints de la poliomyélite mais leur paralysie va au-delà de la contrainte physique, elle est le symbole du monde qui ne cesse d’être en guerre.

Chouinard multiplie les gestes forts comme ce pas de deux féminin. Elles sont assises enchevêtrées, sur une tournette. La caméra les filme et les déploie sur le grand mur. Les visages se crispent, sont parfois heureux, ils sont extrêmement théâtraux.

Ici le mot « rupture » semble être le fil qu’elle déroule. Cela peut être une rupture dans la vie normale qui les oblige à courir, le visage voilé ou bien de rester grouper et au ralenti, dans un mouvement dont la lenteur croise le geste de Myriam Gourfink. Soft virtuosity est peut être virtuose mais il est tout sauf doux. Le spectacle charrie des images d’exil et de déportations, cela est renforcé par la musique electro-acoustique de Louis Dufort qui ajoute une pression anxiogène à ces lignes et à ces marches qui peuvent être morbides.

Avignon est cette année si connectée à son époque que tous les spectacles semblent être des hommages aux victimes d’attentat. Marie Chouinard le dit dans l’interview qui est glissée dans la bible : « toutes mes pièces ont une violence vitale que l’on peut ensuite croiser avec des événements de la vie ». Sébastien Cossette-Masse, Paige Culley, Valeria Galluccio, Leon Kupferschmid, Morgane Le Tiec, Lucy M. May, Scott McCabe, Sacha Ouellette-Deguire, Carol Prieur et Megan Walbaum sont tous de magnifiques danseurs qui permettent tout à leur corps, les plus grandes flexibilités comme les contraintes les plus radicales.

C’est une pièce exigeante, esthétisante qui séduira les amoureux des formes précises et non illustratives.

Soft virtuosity, still humid, on the edge © Nicolas Ruel

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

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