Danse

[Festival d’Automne] L’inaudible « Danse de Nuit » de Boris Charmatz

[Festival d’Automne] L’inaudible « Danse de Nuit » de Boris Charmatz

20 octobre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

La Cour Carrée du Louvre a beau être le plus élégant décor possible, rien ne sauve du naufrage Danse de nuit, la dernière création de l’immense chorégraphe Boris Charmatz, pathétique hurlement sous forme de performance caricaturale.

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Avant tout, il faut dire à quel point il ne faut pas jeter Boris Charmatz. Même avec l’ennui que procure cette invisible Danse de Nuit. De celui qui partageait la scène avec Anne Teresa de Keersmaeker, on garde la pureté des lignes. De son Enfant, la puissance du geste, de Manger, l’humour et l’intelligence du propos.

Avec sa Danse de Nuit, il adapte à Paris les fondations de son projet Fous de Danse qui met depuis deux ans tout Rennes dehors à l’occasion de spectacles et performances sur l’espace public. On trépignait d’envie à l’idée de voir Boris Charmatz chorégraphier pour l’extérieur, dans le cadre du Festival d’Automne, lui qui avait refait l’histoire de la danse du XXe siècle au Palais Garnier partout sauf sur la scène.

Il s’agit ici de suivre la lumière, magnifiquement orchestrée par Yves Godin qui accroche au dos des techniciens de grands aplats aveuglants. Cela touche à la beauté pure. Il y a aussi une idée géniale, celle d’aller d’un interprète à un autre. On suit Marlène Saldana qui nous raconte une histoire de salle de bain sale. Puis viendra une logorrhée qui mêle la mémoire de Charlie, les affres des solitudes, les trop-pleins de la vie… On entend des mots de Charb, on cite Reiser. Pour l’instant les choses fonctionnent encore car du point de vue chorégraphique, il y a un geste : celui de faire et défaire des rondes autours des danseurs ou des comédiens. Le public n’est pas vraiment libre, il se déplace en meute, happé par la lumière. Plus la pièce avance, plus elle devient inaudible et invisible.

Boris Charmatz l’écrit dans la bible, conscient du risque : « Mais globalement, il y a tout de même l’idée d’être entendu, de transmettre quelque chose par le texte. Ce n’est pas évident, parce qu’à partir du moment où on décroche d’un texte….on peut très bien ne pas raccrocher. C’est un risque à prendre, le risque du débranchement – accentué par le fait de parler très vite. Mais cela correspond aussi à une forme d’urgence à dire. »

Voici une pièce où le dire écrase le geste et où le geste est à son tour écrasé par la rapidité. On retrouve les sauts typiques du chorégraphe, des chutes également intéressantes. Mais sur le fond, la pièce est un amas d’idées reçues qui amalgament entre elles des questions beaucoup trop éloignées. Terrorisme,  solitude, célébrité, disparitions… A nous faire tourner en rond dans la Cour Carrée, Charmatz nous paume. On se sent prisonniers ici d’une proposition qui ne touche ni à la beauté ni à l’uppercut. On arrête de douter, c’est sûr, désormais, on déteste ce que l’on voit quand il signe une allégorie des attentats en faisant chanter à ses comédiens et danseurs « Cerf Cerf ouvre-moi » avec un geste et un bruitage de mitraillette. En voulant semble-t-il faire une pièce d’actualité, en lien avec l’Etat d’Urgence, Boris Charmatz a eu une belle idée, qui n’est ici absolument pas réalisée. Le clair obscur de la fin n’y change rien, ce n’est pas le spectacle que l’on retiendra de sa belle carrière.

Visuel : © Boris Brussey

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