Danse
 Facéties : Le voyage burlesque des frères Ben Aïm.

 Facéties : Le voyage burlesque des frères Ben Aïm.

14 janvier 2021 | PAR Lalouchi Naoual

Un public constitué de journalistes et de programmateurs a eut l’occasion de découvrir la première de Facéties au Théâtre, scène nationale de Mâcon, ce mardi 12 janvier 2021. En période de crise pandémique mondiale, les frères Ben Aim nous mettent du baume au cœur et des sourires aux lèvres.

Après s’être installé confortablement dans son siège, Christian et François Ben Aïm apparaissent sur scène pour nous introduire leur création. Très vite, un, puis deux danseurs surviennent des coulisses, comme pour récupérer leur terrain de jeu. Les lumières s’éteignent et le temps s’arrête. Un décor épuré, presque inexistant. Un pantalon à strass, un costume de velours, des paillettes, un bleu électrique, du vert, du violet. Des personnages décalés interprétés par  Emilio Urbina, Thibaut Eiferman, Johan Bichot, Christian Ben Aim, Chirara Corbetta et Marie Levenez. Durant une heure, des rires résonnent dans la salle. 

Une question de norme sociale

Facéties déconstruit la question de la norme sociale. Mais qu’est-ce que réellement que la norme sociale? Tour à tours les six danseurs nous emportent avec légèreté dans un monde décalé. Avec une énergie transcendante, les corps sont libérés de toute contrainte. Sans peur de jugements ou de critiques. Les six talentueux danseurs expriment leurs différences. Et parfois même, épousent celles des autres. Des regards dans le vide, des grimaces, des corps déconstruits. À l’écart de toute norme préconçues, ces personnages décalés introduisent des actes loin du commun. C’est une question philosophique et esthétique qui s’établit au fur et à mesure. Le temps de la pièce, cette communauté de l’absurde nous questionne sur le fonctionnement de la société actuelle.

Facéties, entre absurde et burlesque 

Derrière le titre de Facéties se cache l’action du burlesque, de la plaisanterie et de la farce. Ainsi, la notion de la malice et de l’intentionnalité est de venir créer de la fantaisie, du décalage et bouleverser la normalité est au coeur de cette représentation. La communauté de l’étrange occupe tout l’espace. Seul ou à plusieurs. Par moment le groupe ne fait plus qu’un à travers une danse mimétique.

Les entrées et les sorties s’enchainent, donnant du dynamisme et une touche d’humour à la représentation. Les danseurs envahissent la scène, ils apparaissent et disparaissent de partout. Et, un jeu sur différents niveaux se met en place. Du fond de scène au bord de scène, de la cour au jardin, tout l’espace est occupé. La gravité est présente du début à la fin. Un jeu d’enchâssement inattendu avec l’accidentel, une rupture d’équilibre, une bousculade, une chute controlée. C’est une belle écriture chorégraphique d’une richesse de vitalité et d’autodérision. 

La musicalité du mouvement

Enfin, la composition musicale de Nicolas Deutsh accompagne les corps. Les rythmes sont variés et épousent chaque mouvement, chaque saut, tour et expression. Le corps et la musique ne font plus qu’un. Et cela engendre un lâcher-prise total.  Les performances s’enchainent et changent de vitesse. On passe d’une danse frénétique à un corps seul, debout, dans le vide. Beaucoup d’émotions sont véhiculées et transmises aux spectateurs. De la surprise, de l’attente, de la beauté, de l’humour. Puis, vient un moment où le silence est d’or. La création nous transporte dans un monde sans idées préconçues. Durant tout le long, le spectateur a un sourire accroché au visage.

En espérant que le public puisse très vite retrouver ses salles et découvrir cette belle oeuvre chorégraphique de Christian et François Ben Aïm. 

Visuel : ©Patrick Berger

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Lalouchi Naoual

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