Danse
Face à la mer, la VO non sous-titrée de Radhouane El Meddeb au Festival d’Avignon

Face à la mer, la VO non sous-titrée de Radhouane El Meddeb au Festival d’Avignon

21 juillet 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe Radhouane El Meddeb présente, au Cloître des Carmes, Face à la Mer, une pièce prétentieuse, hâtive, et très mal réalisée sur la notion d’exil. A ne pas voir.

Sondos Belhassen, Houcem Bouakroucha, Hichem Chebli, Youssef Chouibi, Feteh Khiari, Majd Mastoura, Malek Sebai, Malek Zouaidi, le chanteur Mohamed Ali Chebil et le pianiste Jihed Khmiri commencent par nous toiser dans une marche de non-danse effectuée sans aucune conviction. L’idée est bonne, mais pour fonctionner, les corps doivent être ancrés de façon violente, dans une urgence à garder le regard fixe comme si cela était vital. Il n’y a pas d’urgence ici, pourtant, il devrait y avoir de la colère puisque le (beau) sujet de la pièce est justement les territoires perdus et arrachés, les impossibles retours.

Le geste arrive bientôt, très inspiré par la grammaire d‘Alain Platel. Un danseur est possédé, dans un rythme en boucle qui le happe. On se demande alors qu’est-ce qui appartient à Radhouane El Meddeb qui ne cesse d’hésiter entre les types de danse. Il les met côte à côte sans atteindre la force de l’accumulation. Il cherche le geste fort sans jamais l’atteindre tant ses choix sont empruntés. Les lignes de danses folkloriques n’appartiennent pas à Christian Rizzo, évidemment, mais il est difficile d’oublier à quel point lui avait touché son but dans d’Après une histoire vraie quand ici on reste spectateur distant de ces pieds qui tapent le sol. On reconnait des pas, mais il ne quittent pas la scène pour attraper nos tripes.

On reste circonspect devant un moment de danse-théâtre qui raconte comment la terre du Jasmin est devenue une terre terroriste. On hésite entre le rire et la sidération face à cet interprète qui manque d’engagement dans ses diagonales. La proposition est alors totalement illisible, ce qui en soit ne poserait pas problème si c’était là la volonté de cette pièce. Mais nous ne sommes pas ici dans le vrac ultra maîtrisé de Galvàn, El Meddeb cherche lui le récit.

Pour tenter de faire beau, le jazz de Jihed Khmiri, très classique, croise les chants omniprésents de Ali Chebil. Là, Face à la Mer aurait pu toucher au beau, mais le mépris qui vient donner à entendre des chants très écrits sans les traduire irrite.

Le spectacle n’est absolument pas fini, il s’arrête au bout d’une petite heure au cœur d’une phrase qui semblait devoir reprendre.

Ni formel, ni esthétisant, alors que tout ici tend à vouloir imposer des images, Face à la Mer nous laisse sur la rive, et cela était peut être l’effet recherché. Réaliser un pivot bien exécuté ne suffit pas à remplacer une écriture chorégraphique.

(c) Christophe Raynaud De Lage

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