Danse
Éloigner le ciel plombé de couteaux – Donne moi quelque chose qui ne meurt pas de Sine qua non art au Manège de Reims.

Éloigner le ciel plombé de couteaux – Donne moi quelque chose qui ne meurt pas de Sine qua non art au Manège de Reims.

23 novembre 2016 | PAR La Rédaction

Par Marie Juliette Verga.

Le festival Born to be alive apparaît inévitablement comme la signature de Bruno Lobé, directeur actuel du Manège de Reims. La seconde soirée s’est conclue par la joyeuse parade de combat de Donne moi quelque chose qui ne meurt pas.

Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas – TEASER from SINE QUA NON ART on Vimeo.

Clairement, les choix du festival et de son directeur affirment une diversité de la danse et des territoires qu’elle est capable de s’approprier. Dark Marilyn(s) de Marinette Dozeville fragmente la psyché et concentre les corps dans la tragédie icônique, CARE de Mélanie Perrier explore la relation construite par et pour le porté tandis qu’Horion de Malika Djarbi travaille le corps, matière sonore et symbolique.

L’ouverture est impressionnante. Cinq corps quasiment nus se trouvent allongés sur le dos et isolés sous une centaine de machettes dirigées vers eux. Dans la pénombre, sur un tapis de sol noir luisant qui réfléchit la peau et les lames, ils se rapprochent grâce à des mouvements à peine perceptibles. Dans le rythme lancinant d’une musique jouée live, ils vont déjouer la menace qui les surplombent et tresser leurs corps dans un ballet de bras aussi précis que fascinant.

Les interprètes quittent le sol et se couvrent de vêtements, peu à peu accumulés, transformés, de plus en plus colorés. Les ensembles alternent avec des solos qui permettent à chacun d’affirmer une danse singulière, sa phrase dans le discours commun. Pendant ce temps, les lames menaçantes et scintillantes libèrent l’espace en s’élevant vers le plafond. Comme on l’a vu dans le BiT de Maguy Marin ou D’après une histoire vraie de Christian Rizzo, les plateaux de théâtre permettent de relire les danses populaires, de les re-investir. Ici, des marches militaires et d’absurdes saluts, un sirtaki, des bas-relief égyptien et un inquiétant haka accompagné de comptines enfantines traditionnelles qui s’apaise dans un face à face avec le public et la répétition d’un extrait des Prisons de Nantes « On dit par toute la ville que demain vous mourrez ». Cela inscrit la danse dans son éternité et ses usages rituels.

Si le dispositif scénique est un peu sous-utilisé en dehors de sa beauté plastique, la virtuosité des interprètes est grisante et l’on se réjouit que la première place leur soit donnée.

Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas brasse la joie et l’anxiété dans la puissance du geste. Il est rappelé ici, avec autant de calme que de force, combien le jeu et la danse associés à un groupe qui à la fois laisse échapper l’individu et sait le recueillir peuvent éloigner la menace, toutes les menaces.

Marie-Juliette Verga

Donne-moi quelque chose qui ne meurt pas, à suivre :

22 novembre au Pôle Sud (Strasbourg)

les 1et et 2 février à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle

Visuel : ©Joao Garcia

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La Rédaction

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