
Dans la tête de Decouflé à la Villette
La Grande Halle de la Villette bat au rythme du chorégraphe Phillippe Decouflé jusqu’au 15 juillet avec une exposition, Opticon, comme une fête foraine et un spectacle, Solo, comme un journal intime. Magique.
Decouflé est circacien, il se forme à la danse et fonde en 1983 sa compagnie, DCA. L’expo qui envahit toute la Grande Halle raconte l’identité de la compagnie, les spectacles et le goût pour l’interactivité numérique. En quelques secondes, une liberté totale vous submerge dans cet espace sans plan de circulation où vous avez l’obligation d’aller pieds nus sur un kaleidoscope immense qui décuple vos mouvements. Les membres de la troupe sont parfois là et vous guident, vous faisant danser un “Ballet bros”, ou vous transformant en “Déshabilleur”.
Au passage de ces activités hautement ludiques on comprend les obsessions du chorégraphe pour le mouvement illimité. Tout l’espace de la Grande Halle est occupée, les costumes de la parade des JO d’Albertville surplombent l’espace. Partout se découvrent des mini-theatres sous bulles de verre accompagnés des dessins préparatoires aux vêtements et aux gestes. Les costumes sont en mouvement tenus par des câbles, ils semblent danser. On peut alors tourner autour, les approcher très prés, bien loin d’une scénographie classique.
C’est une exposition conçue comme un jeu mais qui permet à chacun d’entrer dans l’univers décalé et inventif de l’artiste. Jouissif !
L’exposition apparaît comme une introduction au spectacle. Nous entrons dans Solo, une pièce où le “Je” est très pluriel.
Chorégraphié en 2003, Solo utilise à foison le numérique dans une tendance qui aujourd’hui semble acquise. Découflé en sort pour en faire de la poésie.
On commence par les pieds, filmés, amplifiés, le corps caché derrière l’écran qui les projette. Tout danse, tout parle. Du bout de chaque doigt Philippe Decouflé nous raconte ses hauts et ses bas, d’humour en nostalgie, photos de famille à l’appui.
Il danse divinement, même si comme il le dit il est “désorganisé et a 50 ans”, les ronds de jambe fusent contrastant avec des bras volontairement mécaniques qui viennent tendrement s’arrondir. Decouflé joue parfois trop de la technologie, il se multiplie à foison dans un rythme et des attitudes qui empruntent au clown. C’est époustouflant.
Le sublime vient quand il danse seul vraiment, sans double, en hommage à son père, le vide de la Grande Halle derrière lui.
Solo se transforme alors d’un spectacle tendre et drôle à un moment magique où l’homme seul essaie de cacher sa solitude dans ses doublures.
Visuels : Exposition Opticon © C. Polonsky
Solo © Anita Gioia