Danse
[Critique] « iTMOi » (« Dans l’esprit d’Igor »), de l’Akram Khan Company au Schouwburg de Courtrai

[Critique] « iTMOi » (« Dans l’esprit d’Igor »), de l’Akram Khan Company au Schouwburg de Courtrai

25 novembre 2013 | PAR Audrey Chaix

On ne présente plus Akram Khan : cet Anglais d’origine bangladeshi, qui a joué sous la direction de Peter Brook, collaboré avec Sylvie Guillem, Kylie Minogue, Sidi Larbi Cherkaoui, Juliette Binoche et Anish Kapoor, a récemment chorégraphié une partie de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres 2012. Avec iTMOi, (In The Mind Of Igor), il rend hommage au Sacre du Printemps de Stravinsky, qui fête cette année son centenaire. Une pièce onirique, sur le thème du sacrifice, où Akram Khan cite Stravinsky en reprenant le motif de la rupture rythmique.

Sur une partition composée par Nitin Sawhney, Jocelyn Pook and Ben Frost (on n’entendra que trente secondes du Sacre du Printemps à la fin de iTMOi, ces quelques notes lancinantes et envoûtantes, immédiatement reconnaissables, qui ouvrent la pièce du grand compositeur), douze danseurs incarnent les thèmes séminaux du Sacre : la notion de sacrifice est ainsi omniprésente, notamment portée par une danseuse au physique presque enfantin, sacrifiée aux pieds d’une reine au port hiératique, vêtue d’une crinoline blanche sous laquelle se dissimulent parfois d’autres créatures à l’allure plus inquiétante. Tout ici est affaire de métissage : la pureté côtoie la noirceur la plus profonde, notamment sous les traits d’une bête à cornes qui rôde sur le plateau, les danseurs sont de toutes les origines ethniques, des mouvements issus du hip hop ou du kathak (une danse indienne) s’enchaînent avec des pas on ne peut plus classiques. Musicalement, la partition s’inspire également de nombreuses cultures : folklore des pays de l’Est, musiques électroniques, voire même quelques riffs de guitare, Nitin Sawhney, Jocelyn Pook et Ben Frost se sont saisis de toutes les influences pour composer la bande-son de cet iTMOi, si bien qu’il faut vraiment savoir que la pièce est en hommage à Stravinksy pour s’en douter.

Baignés dans la chaleur des couleurs créées par Fabiana Piccoli – qui réussit ici une magnifique création lumineuse –, les danseurs évoluent dans un monde à la fois gorgé de beauté et empreint de chaos, un monde qui s’ouvre avec le saisissant rugissement d’une bête sauvage, et se referme alors que le noir se fait sur le plateau. Un instant de danse qui enchante, même si le chaos semble l’emporter pour créer un monde aussi inquiétant qu’étonnant : car la beauté de la chorégraphie, renforcée par une création lumière magistrale, nous rappelle surtout que rien n’est plus humain que le désordre, qui lui seul peut permettre à l’art de surgir.

Visuel : © photo de Richard Haughton

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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