Danse

Crazy Camel, cabaret divin

Crazy Camel, cabaret divin

17 décembre 2017 | PAR Laetitia Larralde

Créé pour le quinzième anniversaire de la Maison de la Culture et du Japon de paris en 2012, Crazy Camel revient sur la scène de la Maison de la musique de Nanterre pour deux dates uniques.

Akaji Maro et sa compagnie Dairakudakan, une des dernières troupes de butô au Japon, terminent leur séjour français par deux représentations de Crazy Camel après avoir présenté Paradise à la MCJP. Conçu comme un hommage au Kimpun Show, numéro de cabaret né après-guerre, comme le butô, qui permettait de financer des pièces plus difficiles, Crazy Camel est certes dans l’esprit burlesque, mais n’a rien de facile. Kimpun signifie poudre d’or, et c’est recouverts quasi exclusivement de ce pigment que les danseurs entrent en scène. L’effet est surprenant. Ces corps nus se transforment par le jeu des lumières se reflétant sur l’or. Tantôt chaude et tantôt froide, la lumière métamorphose la troupe, passant de la divinité au démon. La référence au bouddhisme et à sa statuaire est claire, la pénombre de la scène rappelant celle des temples au fond desquels luisent les statues d’or. Et ces statues prennent vie sous nos yeux par la maîtrise poussée des corps et des gestes très contrôlés. Les danseurs incarnent les niô, divinités grimaçantes gardant l’entrée des temples avant de retrouver l’impassibilité des masques que donne le pigment, blanc pour les femmes et doré pour les hommes. Leurs tremblements vont jusqu’à donner l’impression de convoquer les yokais du folklore japonais. Ce qui pourrait devenir vite effrayant est rendu plus humain par les petits sursauts involontaires de la chair. La limite entre divin et humain est fluctuante.

Les scènes de danse de groupe alternent avec des saynètes de pantomime, globalement centrée autour de l’animalité et de la sexualité, de façon plus ou moins crue. Ces épisodes, à visée plus comique, sont déstabilisants. On alterne entre images enfantines et phallus en premier plan, retenue et maîtrise et animalité pure. On pense à la dichotomie japonaise qui peut associer rectitude et perversité sans sourciller. La musique également lie ce qu’on considère souvent comme opposé : le répertoire classique occidental, la musique électronique et le taiko traditionnel japonais. L’alternance des genres modifie notre perception des danses, qui pourtant restent fondamentalement les mêmes. La mutation est présente dans tous les aspects du spectacle, nous ramenant au principe de mujô, l’impermanence, principe esthétique japonais essentiel issu de la doctrine bouddhiste.

A l’issue du spectacle qui nous a laissé pleins d’interrogations, une brève intervention d’Akaji Maro confirme ce dont on se doutait : le chorégraphe/danseur/acteur est le porte-parole à la fois des kamis et des yokais.

visuels © Junichi Matsuda

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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