Danse
Claire Chevallier et Lisbeth Gruwez, duo chic d’une belle époque

Claire Chevallier et Lisbeth Gruwez, duo chic d’une belle époque

19 octobre 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Si comme nous vous n’en pouvez plus de l’air du temps, de la violence du monde, de voir la guerre autour de nous, et la planète qui crève à vue d’œil, il est temps de décompresser. C’est exactement ce que nous proposent la danseuse Lisbeth Gruwez, et la pianiste Claire Chevallier dans un dialogue autour des oeuvres pour piano de Debussy. Chic, élégant et merveilleux.

Le plateau de la grande salle de la Bastille prend des allures de cercle, entendez de cercle privé. Nous sommes encore au XIXe siècle,  sur le fil. En 1900. On se réunit au salon pour parler de ce nouveau siècle qui s’ouvre juste après une guerre et avant une autre. Nous sommes en pleine belle époque. C’est l’âge d’or. Et justement,  l’ambiance est feutrée, dorée et bois. Le piano trône en roi, il est marron et pas noir, cela lui donne une allure de clavecin. La danseuse arrive, en chemise de soie, petit chignon porté très haut sur le crâne, pantalon chic et baskets. Le pas de deux commence par un regard sororal entre les deux puis chacune attaque sa partition. Les notes volontiers orientalistes du compositeur s’envolent comme un oiseau. Lisbeth Gruwez courbe le dos, entraîne les bras dans sa courbe et se met à danser, attirée par la forme du cercle.

Pendant une heure féerique, la danse est un souffle. La danseuse retrouve une tessiture classique dans des ouvertures du haut du dos et des vrilles à rendre jalouses des danseuses étoiles. La danse est incarnée, douce, légère. Lisbeth vole comme si sous ses pieds les notes jouées par la pianiste étaient des marches. 

Au son des Estampes, Brouillards, Pagodes, Des pas sur la neige, Jardin sous la pluie ou encore Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, la danseuse intervient sans illustrer. Elle puise dans la sensation, dans les suspensions si modernes de Debussy, des formes de relève et de combat. Sa danse jusque là si souffle se campe désormais au sol, les poings se serrent. On le sent, Lisbeth est libre même si la pièce est très construite. Elle transmet un plaisir brut de danser qui dialogue avec 122 ans d’écart avec cette origine du décalage, du déphasage propre à la danse dès la fin du XXe siècle.

Le tempo de ces partitions est presque jazz, il n’est pas du tout lyrique. La danse est un écho, une autre façon d’écouter. Et la musique devient, au fur et à mesure que la pièce avance, elle aussi une danseuse.

Un petit bijou tout doré dont on sort apaisés.

Piano Works Debussy, jusqu’au 22 octobre au Théâtre de la Bastille. Réservations.

Visuel :© Danny Willems

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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