Danse
Cinédanse : Parade d’Averty

Cinédanse : Parade d’Averty

31 août 2021 | PAR Nicolas Villodre

Les robots Tesla destinés de toute évidence à remplacer appareils électroménagers, ouvriers qualifiés et soldats mobilisés prendront-ils aussi la place des intermittents du spectacle que sont les danseurs, comme pressenti par les poètes romantiques et les artistes futuristes?

Ballet mécanique

De leitmotiv littéraire (cf. la Galatée de Cervantes, la Coppélia d’Hoffmann, le monstre du Frankenstein de Mary Shelley, la marionnette de Kleist…), l’automate est devenu exercice de style obligé pour l’interprète puis modèle du danseur absolu, idéal, idéel ou idéiste – pour reprendre le terme dont use la pionnière futuriste de la danse Valentine de Saint-Point dans son manifeste sur La Métachorie (1913). Après avoir réformé le ballet blanc ou romantique, Diaghilev eut, semble-t-il, des velléités futuristes avant de se replier sur la valeur sûre cubiste que représentait Picasso.

Il avait demandé au peintre futuriste Fortunato Depero de dessiner les décors du Chant du rossignol (1916-17). Depero conçut à ce moment-là, avec l’écrivain suisse Gilbert Clavel, I balli plastici, une pièce d’automates aux formes abstraites et aux teintes vives. Diaghilev commanda à un autre peintre futuriste, Giacomo Balla, les décors pour Feu d’artifice, une composition de Stravinsky, un ballet d’automates que nous vîmes reconstitué en 2003 à Ixelles dans le cadre de l’exposition Futurismes (1909-1926). Les recherches de Balla et de Depero s’inscrivent entre la pièce de marionnettes d’esprit Dada de Sophie Taueber, König Hirsch, et le Ballet triadique élaboré par Oskar Schlemmer au Bauhaus, au début des années vingt.

Parade autour de Parade

En outre, comme le montra l’exposition Picasso et les Ballets russes qui se tint au Mucem en 2018, Depero fit profiter de son savoir-faire le peintre cubiste, ce qui lui permit de réaliser et de faire se mouvoir sans problème ni accroc les magnifiques costumes du ballet Parade (1917) concocté par Cocteau, Satie et Massine. Notamment les collages tridimensionnels que sont les tenues des managers, « hommes-décors » rappelant les grosses têtes carnavalesques. Jean-Christophe Averty (1928-2017) réalisa en 1980 une version personnelle, intéressante et singulière, du ballet Parade, un collage de collage, en somme, au moyen de l’image et du trucage électroniques.

Pour des raisons pratiques (l’économie de l’école des Buttes Chaumont), Averty fit appel à un chorégraphe maison, Jean Guélis (au lieu de Massine), pour diriger les mouvements des personnages de la pièce. Dans une présentation de la cinédanse (ou vidéodanxe), un documentaire intitulé Parade autour de Parade, le réalisateur rappelle que c’est à propos de ce ballet qu’Apollinaire inventa la notion de « sur-réalisme » qui, après la Première guerre mondiale, s’appliqua à l’esprit nouveau. Enfin, outre Claude Bessy, dans le rôle du… prestidigitateur chinois, on trouve dans la distribution la fille de l’auteur, jouant la petite fille américaine, Karin Averty, qui sera promue trois ans plus tard Première danseuse à l’Opéra.

Visuel : Jean-Christophe Averty à La Cinémathèque en 2008, photo Nicolas Villodre

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Nicolas Villodre

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