Danse
Chris Cochrane/ Denis Cooper/ Ishmael Houston–Jones : THEM dans le cadre du Nouveau Festival

Chris Cochrane/ Denis Cooper/ Ishmael Houston–Jones : THEM dans le cadre du Nouveau Festival

29 février 2012 | PAR Smaranda Olcese

L’écrivain américain Denis Cooper est cette année Grand invité du Nouveau Festival, aux côtés de Gisèle Vienne, avec qui il a concocté l’exposition Look into My Black Holes et plusieurs autres événements, dont l’extraordinaire concert de Bill Orcutt / Christian Fennesz / Florian Hecker. Il monte également sur scène pour deux représentations d’une pièce au propos explosif, THEM.

 

Interdite dans les Etats-Unis des années 80, cette création du chorégraphe new-yorkais Ishmael Houston-Jones, avec la participation de l’écrivain et performeur Denis Cooper et du musicien Chris Cochrane, reprise 25 ans plus tard, a remporté le prestigieux Bessie Awards de la meilleure œuvre chorégraphique américaine en 2011. Autant dire que son sujet n’a rien perdu de son actualité. Poème performatif dédié aux jeunes gays à l’heure où le SIDA commence à faire des ravages, la pièce garde aujourd’hui intacte son intensité viscérale.

Sept jeunes trainent dans les coins du plateau, dans  la pénombre. Denis Cooper se tient de biais un micro à la main. La guitare de Chris Cochrane est branchée. La danse va travailler l’espace que ces deux présences balisent, un espace neutre, dépouillé, foulé par des pas alertes à la recherche de jeux et de rencontres dangereuses. Un jeune semble égaré au milieu du plateau. Ishmael Houston-Jones l’approche. Son ombre l’embrasse et le couvre entièrement, assurant une redoutable montée dramatique. Le duo qui s’ensuit est marqué par d’étranges contacts, inquiétants, placés sous le signe de la caresse et de la brusquerie à la fois. Ce troublant alliage de jeu et de combat va donner la texture des duos à suivre.

Le jeune quitte la scène les yeux bandés alors que sur le plateau le chorégraphe s’expose, fragile, dans un poignant solo. Chris Cochrane amorce ses premiers accords, un long gémissement saturé. Denis Cooper entame une première lecture. Sa prose coule, directe et immédiate. Elle va rythmer la pièce. D’hallucinants tableaux vont éclore, puisant dans l’univers pop, trivial et macabre de ses œuvres. La poésie qui s’en dégage est crue, excessive, et brise certains tabous. La danse assume le désir, le défi, la drague, la confrontation, la maitrise et les rapports de force. La domination et la passion prennent chair dans des à bras le corps féroces et convulsifs. Plusieurs registres d’énonciation se chevauchent : parole, mouvement, musique. L’abstraction alterne avec des séquences explicites, parfois insoutenables.

Sur le plateau, des trajectoires se croisent, anonymes, portées par les jeunes danseurs, multitude indifférenciée, sans nom, THEM, troisième personne du pluriel, des simples prénoms que Denis Cooper égraine. Voués à jamais à l’anonymat, eux, désabusés et prêts à chercher des sensations extrêmes jusque dans la mort, incarnent avec légèreté ce cocktail détonant, fait de mal-être, d’insouciance et de pulsions à l’état pur.

 

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