Danse
Chiquenaudes & Romance en Stuc, Daniel Larrieu nous offre la danse des années 80 sur un plateau

Chiquenaudes & Romance en Stuc, Daniel Larrieu nous offre la danse des années 80 sur un plateau

15 novembre 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Au Théâtre de la Cité Internationale, avec le soutien de New Settings- un programme de la Fondation d’entreprise Hermès- le chorégraphe réactive deux pièces fondatrices.

En préambule, un pas de trois, au joli nom de Chiquenaudes. Dix minutes de précision pour cette pièce écrite en 1982 pour le concours de Bagnolet. Dans le silence, Sophie Billon, Léa Lansade, Enzo Pauchet, converses rouges aux pieds et pantalon ample et chic offrent un ballet où les lignes de bras sont déjà à la perpendiculaire et où les poings sont serrés. La plongée dans le début de la fin du siècle dernier est là devant nous, dans des postures robotiques et des jeux de miroirs et de cache-cache stylisés. 

Sans grande transition, nous sommes renvoyés en 1985 et les traces du Cloître des Célestins sont là. Et la lumière est là aussi, comme à Avignon la nuit, où l’éclairage doit faire avec le plein air. Romance en Stuc est une succulente guimauve. Un mix de kitsch, de rigueur académique et de liberté.

Une recette propre à Daniel Larrieu.

Il aime le rose (pour fêter ses 60 ans, la couleur était tout aussi girly), et depuis longtemps ! Alors, un chœur antique et martial est vêtu de collants poudrés et de petits hauts délicats. Les têtes sont casquées de drôles de coiffes baroques, comme si elles étaient… en stuc bien sûr ! Comme dans les opérettes les plus lyriques, une femme aime un homme qui ne l’aime pas, et la mort veut les séparer. Tout déborde ici !

Pourtant, c’est une pièce d’aujourd’hui, dansée par des corps d’aujourd’hui. Sophie Billon, Élodie Cottet, Alexandra Damasse, Léa Lansade, Marion Peuta, Jérôme Andrieu, Yohann Baran, Victor Brecard, Pierre Chauvin, Enzo Pauchet, Raoul Riva, Julien-Henri Vu Van Dung ont reçu une transmission d’histoire qui n’est pas une archive. Les costumes et les casques sont nouveaux. C’est plutôt un voyage tendre dans le passé comme nécessaire outil pour danser au présent. La bande son complètement punk mélange du rock et des extraits de textes d’Empédocle et de Spirite de Théophile Gaultier. La sensation d’être dans un rêve est totale.

Dans la langue chorégraphique de Larrieu, les bras sont rois. Ils s’accrochent à tout : aux autres, et aux jambes. Ils donnent le tempo. Les directions sont soignées, et les regards francs. Le travail si précis sur les dissociations et les regroupements est rare aujourd’hui. On retrouve cela chez les plus exigeants, Anne Teresa de Keersmaeker et William Forsythe. 

Il y a ce solo de dos, sculpté par la lumière ou le bras droit vient glisser et marquer les cordes du violoncelle que l’on entend. Il y a cette scène de groupe où fesses face public, les danseurs pliés tordent leurs membres. Il y a du drame et du théâtre, dans les robes en soie que Pina imposait déjà à cette époque là. Il y a cette sensation d’un monde où tout est possible. Aujourd’hui, François Chaignaud est dans ce genre d’univers, seul à bord de son navire baroque-queer. 

Romance en stuc avance comme dans une tragédie grecque, la beauté vous attrape sur L’adagio pour cordes de Samuel Barber (oui, encore ! Et alors ?) où les danseurs tiennent la pose, en posture japonaise, les genoux surélevés. Physiquement, la partition de Romance est aride, tellement aride. Et c’est dans la douleur des tensions que l’écriture est magistrale. Tout est trop ici, trop sucré, trop fou et définitivement, trop beau.

Un bijou dont on sort heureux avec l’envie de danser comme eux, en marquant des temps hors temps et en osant dissocier les doigts et offrir au pouce un moment de roi.  Et si comme nous, vous êtes curieux, sachez que la captation de la création originelle est en ligne sur le compte Collection Daniel Larrieu. A cette époque, la pièce était dansée par Dominique Brunet, Sara Denizot, Cathy Rees, Laurence Rondoni, Didier Chauvin, Alain Buffard, Giovanni Di Cicco, Benjamin Lamarche, Yves Lartigue, Bertrand Lombard et Philippe Saire.

ROMANCE AVIGNON 1985 from COLLECTION DANIEL LARRIEU on Vimeo.

Visuel : ©Benjamin Favrat

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