Danse

Cherry-Brandy dévoile un sombre Josef Nadj

27 octobre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 31 octobre, Josef Nadj présente au Théâtre de la Ville sa dernière création, Cherry-Brandy. Une pièce austère et grave qui interroge l’art, le rôle et la responsabilité de l’artiste dans son temps. Sur scène ou au goulag, le dernier recours contre la mort réside dans la poésie et l’esthétisme de l’art. A nouveau, la danse créée un nouveau langage permettant d’exprimer une souffrance indicible.

Pour la première fois depuis Asobu, en 2006, Josef Nadj signe à nouveau une pièce de groupe, dont l’arrière-plan est expressément littéraire. A l’origine de cette création, trois études ont nourri le projet du chorégraphe. Une étude dramatique en un acte d’Anton Tchekhov, Le Chant du Cygne, mettant en scène un vieil acteur sur le déclin, habité par des lambeaux de rôles qu’il a interprétés. Les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, dans lesquels l’écrivain décrit l’enfer des détenus de Sibérie. Enfin, les poèmes d’Ossip Mandelstam, qui considérait le mot comme inséparable du corps, lui prêtant une puissance concrète et agissante dont Josef Nadj s’inspire allègrement dans sa pièce.

Ces trois hommes de lettres se démarquèrent chacun par leur engagement. Le personnage de Tchekhov retient notamment l’attention de Josef Nadj, Svetlovidof : « celui qui voit clair », celui, qui, dans les ténèbres, sait à la fois discerner et révéler le moindre éclat de lumière. Figure de l’artiste ou du poète, tout entier tourné vers son art, jusque dans les situations les plus extrêmes.

Sur scène, les danseurs sont plongés dans un noir total, comme pour mieux signifier cet enfer qui les entoure. Un enfer qui emprisonne leurs corps. En fond sonore, un lourd vrombissement de machines résonne, quelques notes aigùes se distinguent, créant une atmosphère lourde et pesante. Des corps tendus, contorsionnés se distinguent, tentant, vainement, de sortir d’eux-mêmes, exprimant ainsi une souffrance indicible, que seul le corps est capable de rendre compte. La douleur physique est plus forte que les mots. La substance corporelle devient le matériau unique de Josef Nadj, sur lequel il s’appuie tout au long de sa pièce. Les décors sont épurés et les costumes d’une grande sobriété, seul le cri de ces corps prisonniers habite la scène.

Mais ce qui retient surtout l’attention du spectateur, c’est le jeu de mots tracé à la craie sur un tableau. Les lettres se reflètent mutuellement offrant une énigme à déchiffrer, comme si tout le secret de la création artistique s’y trouvait là, cachée. Toute l’œuvre de Nadj apparaît dès lors cryptographiée. Le chorégraphe d’origine hongroise livre habilement un message au travers de ses danseurs : « la poésie est la seule force créatrice dont il vivait. (…) Il ne vivait pas pour la poésie, il vivait par elle » ; les mots de Chalamov deviennent au travers de cette création la source de méditation sur le siècle.

Crédits photographiques : RIA Novosti

Cherry-Brandy, Josef Nadj

Jusqu’au 31 octobre au Théâtre de la Ville, 2, place du Châtelet, 75004 Paris

Métro Châtelet (lignes 1, 4, 7, 11 et 14)

Tarif plein, 1ère catégorie 28 euros, 2ème catégorie, 22 euros, Tarif jeune, 15 euros

Plus d’informations sur www.theatredelaville-paris.com ou au 01 42 74 22 77

Infos pratiques

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Alienor de Foucaud

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