Danse
Chéreau, à la vie, à la mort

Chéreau, à la vie, à la mort

10 septembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Alors ? Hier a eu la première des premières, puisque le 10 septembre marquait l’ouverture de saison au Théâtre de la Ville qui a tapé fort avec trois références à son histoire : la place des amateurs, le fantôme de Pina et l’obsession Chéreau. Thierry Thieû Niang a magnifié Patrice Chéreau en le mettant au cœur du….printemps ! Entre nausée et fascination, la reprise de ce spectacle donné à Avignon en 2011 vaut le détour.

En 2011, la saison aura ouvert sur « 11 septembre 2001″, Arnaud Meunier mettait en scène 44 lycéens venant de trois établissements de Seine Saint Denis pour raconter les attentats du World Trade Center. Patrice Chéreau est un habitué du lieu, son dytique Fosse : I am the Wind et Rêve d’Automne a marqué les esprits. Quant au Printemps, le mot prononcé en ces lieux fait immédiatement penser à la disparation de Pina Bausch, icône du théâtre  de la ville qui avait dansé le Sacre du Printemps.

Quand Thierry Thieû Niang pose ce titre, dans ce lieu, avec cet homme il en appelle à la communion des êtres. Et c’est à un acte quasi religieux que nous avons participé. Patrice Chéreau s’avance, tous les danseurs, une vingtaine sont déjà là mais ils restent dans le noir. Chéreau est éclairé un peu, puis plus, il lit des extraits des Cahiers de Nijinski, il raconte la rencontre sous emprise avec Diaghilev, les premières chorégraphies qu’il crée seul. Il raconte surtout son accroche à la vie dans une lucidité franche : »j’ai marché, j’ai marché, j’ai compris que je ne pouvais pas aller plus loin ». C’est sur dernière phrase qu’un marathonien fait son entrée, il va courir au même rythme, le temps que dure Le Sacre de Printemps dans la version de Boulez. Ses pas deviennent tambour sur la musique déjà lourde.

Ils sont pleins, ils sont vieux, le corps fatigué, les chaires tombantes. La lumière blafarde vient appuyer là où ça fait mal. Pas d’esbroufe. Thierry Thieû Niang montre tout, ou presque, ne les déshabillant pas totalement, les laissant en sous-vêtements. Que font-ils ces amateurs recrutés par petite annonce dans La Provence alors que le chorégraphe marseillais commençait à préparer son projet il y a déjà sept ans ?

Ils courent, inlassablement, égoïstement, la mort aux trousse. Parfois ils se touchent un peu, se soutiennent, mais rien n’y fait, l’homme horloge continue de tourner, continue d’égrainer le temps qu’il reste.

La symbolique est parfaite, c’est celle du cercle « tu es poussière et tu redeviendras poussière », on tourne en rond. … du printemps a un titre comme une blague, car c’est bien l’hiver ici, les perruques tombes, les costumes sont noirs, les souffles sont courts. Où est l’espoir ? Nulle part. Chéreau obsédé par la mort qu’il a mis deux fois en scène la saison dernière reste sur le plateau et court avec eux.

…du printemps ! Vient pointer des pas le vide abyssal qu’est une vie, les tourments incessants qui amènent à une fin connue de tous. Ça révulse, ça angoisse, ça transperce… Il semblerait que ce soit du spectacle vivant !

Visuel (c) Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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